El Salsero

Journal de bord de ma vie d'expatrié français au Venezuela

06 juin 2009

Un an après sa nationalisation, la nouvelle SIDOR explore les chemins de la participation

En mai 2008, après 15 mois de lutte, Hugo Chavez annonce la nationalisation de SIDOR, principale aciérie du pays, appartenant au groupe argentin Techint. Un an après, retour sur les changements et les attentes des travailleurs.

15h. William Farias, électricien de maintenance, pointe pour prendre son tour à SIDOR, entreprise qui applique les 3 huit. Casque sur la tête, masque anti-poussière, lunettes, casque anti-bruit, chaussures de sécurité, autant de protections qui semblent pourtant bien dérisoires au regard de la dureté du travail au sein de cette immense usine qui s'étend sur plus de 900 hectares et qui produit 4 millions de tonnes d'acier par an. «Après 20 ans ici, je ne m'y suis toujours pas habitué», confie-t-il. José Eduardo Pinto, 52 ans, 25 d'ancienneté confirme «j'arrive toujours au travail avec la peur au ventre».

Puerto Ordaz, où est située l'entreprise, est une ville où la température dépasse quotidiennement les 30 degrés. A SIDOR, le thermomètre flirte plus généralement avec les 40. A cela viennent s'ajouter le fracas assourdissant des machines et la poussière de métal en suspension qui s'infiltre dans tous les pores de la peau et scie les chairs à chaque mouvement. Armés de protections supplémentaires, certains ouvriers travaillent face aux fours où le métal en fusion atteint les 1500 degrés. Andrés, aujourd'hui technicien, en garde encore les séquelles sur ses mains brûlées par l'explosion d'un four, à l'époque où il était opérateur.

De profonds changements

Pourtant, malgré la pénibilité du travail quotidien, ils sont nombreux à exprimer leur fierté d'appartenir à cette usine, sentiment d'autant plus grand aujourd'hui que l'entreprise a été renationalisée. Une nationalisation qu'ils ont arraché il y a un an de haute lutte. Ce retour dans le giron de l'Etat leur a apporté un certain nombre de bénéfices immédiats. «Les bénéfices des travailleurs se sont améliorés de 200%. Avant nous étions marginalisés, humiliés, sacrifiés par une multinationale qui nous volait notre vie, qui nous volait tout», commente José Eduardo.

En effet, l'ancienne direction était uniquement préoccupée par les questions de production et de productivité, au détriment des hommes et des machines. Aujourd'hui tous soulignent le changement profond d'ambiance qui ouvre une large place au dialogue et qui permet de prévenir les problèmes techniques ou les conflits humains avant qu'il n'éclatent. Sirio Velasquez, chef de bureau aux Ressources Humaines, précise d'ailleurs qu'à l'époque, vu les conditions de travail, «il y avait une grande rotation des effectifs. Actuellement il existe une volonté d'adapter les postes à l'âge, l'expérience et les capacités de chaque travailleur». De fait, de nombreuses d'entreprises privées ont décidé de ne plus travailler avec SIDOR après la nationalisation. «Les entreprises sous-traitantes sont passées de 630 à environ 300. Beaucoup ne voulaient pas travailler avec l'Etat, d'autres n'ont pas voulu s'adapter au nouveau cahier des charges».

Mais les conditions de travail n'ont pas été les seules à évoluer. Les salaires ont eux aussi connu un changement significatif. Sirio indique qu'un ouvrier non qualifié débutant touchait  sous Techint 800 bolivars (l'équivalent de 270 euros), soit le salaire minimum. Aujourd'hui, ce même ouvrier gagne 2600 bolivars (soit 870 euros). Et un ouvrier d'exhiber fièrement sa fiche de paie qui affiche, après vingt ans d'ancienneté, un salaire de 5800 bolivars (1900 euros). La nationalisation obtenue prend d'un coup un aspect plus concret.

Les sous-traitants ont pu eux aussi vérifier les avantages de la nationalisation. Être travailleur titulaire ne relève pas que du symbolique, de nombreuses disparités existaient par rapport à leurs collègues, même si elles disparaissent progressivement. Il y a bien sûr la question des salaires mais d'autres discriminations existaient sous la gestion privée. Les sous-traitants n'avaient par exemple pas accès aux réfectoires, les obligeant à manger à l'extérieur ou dans les ateliers sans aucune norme d'hygiène. Il leur était également interdit d'utiliser les bus menant les travailleurs à l'usine, située pourtant à plusieurs kilomètres de la ville. Autant d'éléments qui montrent l'importance d'être titulaire chez SIDOR.

D'autres types d'attente se font jour

Ainsi, 1300 sous-traitants sont passés en CDI, portant le nombre de «sidoristes» à 6200, ceci en application d'une clause de la convention collective négociée entre 2006 et 2008 par le syndicat et Techint, établissant les conditions de titularisation des personnels.

Toutefois, il existe des laissés pour compte de ce processus d'intégration. Giovanni Ford, technicien sous-traitant travaillant à SIDOR depuis 1996, fait partie de ceux-là. Pour lui, «aucune étude sérieuse n'a été menée pour savoir qui devait être intégré. L'établissement des listes s'est fait de manière aléatoire et la convention collective a été mal appliquée». De fait, les choix d'intégration de la nouvelle direction de SIDOR révèlent un certain nombre d'incohérences, puisque des sous-traitants se sont vu refuser la titularisation malgré une ancienneté bien supérieure à d'autres.

Au-delà de ce problème, c'est bien le fait que la nouvelle direction, comme l'ancienne, prenne des décisions de manière unilatérale, qui est montré du doigt. César Olarte, contremaître,  comprend bien que cette année écoulée était avant tout une année de transition, mais il entend bien que la nouvelle direction laisse de l'espace aux ouvriers dans le contrôle de l'usine.

Contrôle ouvrier, le mot est lâché. Beaucoup d'entre eux en parlent sans en avoir toujours une définition bien précise. Tous sont toutefois d'accord pour dire qu'après la nationalisation, il est important que les travailleurs prennent le contrôle de l'usine, de leur usine. Pour William, les premières tables rondes qui ont eu lieu entre d'un côté les travailleurs de SIDOR et de l'autre, Maria Cristina Iglesias, ministre du Travail, et Jorge Giordani, ministre de la Planification, sont essentielles. Elles marquent l'importance de l'écoute du gouvernement. «Elles doivent permettre de réfléchir à une production de l'acier non pas à l'échelle de la seule SIDOR mais bien à l'échelle de la région de Guayana (sud-est du pays). La production devrait ainsi passer de 4 à 15 millions de tonnes par an, en concertation avec les ouvriers qui décident combien et comment produire», indique William.

César note que les ouvriers ne doivent pas simplement appliquer un plan de production qui serait décidé par la direction ou l'Etat, mais participer à l'élaboration même de ce plan. «Même le budget doit faire l'objet d'un vote en assemblée ouvrière» argue-t-il, avant de préciser : «Quelles machines doit-on acheter ? Quelles doit-on réparer ? Pourquoi ?... Tous les budgets, tous les comptes doivent être transparents pour permettre à chacun de participer à la conduite de son usine». C'est aussi ce qui vient en premier à la bouche de José Eduardo quand il parle de contrôle ouvrier. Il veut «savoir combien est dépensé, combien est investi, de combien sont les bénéfices». Et à ceux qui pensent que les ouvriers ne sont pas prêts à assumer le contrôle de leur usine, il se plaît à rappeler qu'il y a un peu plus d'un an, ce sont les mêmes qui ne croyaient pas possible une nouvelle nationalisation de SIDOR.

De ce point de vue là, on ne peut que concéder que les derniers évènements semblent lui donner entièrement raison. En effet, le 21 mai dernier, Hugo Chavez lors d'une rencontre avec les travailleurs de Guayana, annonce de nouvelles nationalisations avant d'évoquer la question du contrôle ouvrier.

Tirer les leçons de SIDOR pour les nationalisations futures

Concrètement, lors de cet atelier Hugo Chavez mentionne la possibilité pour les ouvriers d'élire leur propre direction, en concertation avec lui. «Je suis d'accord pour qu'on commence à élaborer une loi afin de réguler cela. Je suis prêts à ce que, ensemble, avec votre participation et celle du Président de la République, nous choisissions le gérant de l'entreprise», annonce-t-il alors aux travailleurs en précisant qu'il s'agit maintenant de «dessiner de nouveaux modèles afin de commencer la transition».

Mais un autre pas important est également franchi ce jour-là: la nationalisation des quatre entreprises du secteur briquetier (produisant des briquettes de minerai de fer ), ainsi que de deux autres usines complémentaires.

Parmi les quatre briqueteries figure l'entreprise Materiales Siderúrgicos (Matesi), que Techint avait acheté pour 120 millions de dollars en 2004 dans le but de contribuer, à long terme, à augmenter la production de SIDOR. Au moment de la nationalisation de cette dernière, les travailleurs de Matesi discutaient eux-aussi une convention collective. A peine trois mois après l'approbation de cette convention, l'entreprise privée décida de casser son engagement et de réduire le salaire des travailleurs de 45%, argumentant l'imminence de la crise mondiale.

«Cette attaque de l'entreprise sur les salaires agît comme un détonateur et mit en évidence le degré d'exploitation exercé par la multinationale. Cela nous a également renforcé dans notre travail politico-stratégique», commente Daniel Rodríguez, secrétaire général du syndicat de Matesi et membre du collectif Marea Socialista. Pour lui, l'exemple de SIDOR est essentiel dans la lutte engagée par les entreprises voisines. Et le contrôle ouvrier s'impose comme une nécessité dans quelque processus de nationalisation.

Aussi, quand le président Chavez parle d'un choix de direction partagé avec les ouvriers, Daniel acquiesce. Toutefois il précise «qu'avant de chercher à l'extérieur de l'entreprise des personnes sans doute compétentes mais ne connaissant pas les problématiques de l'usine, il peut être judicieux de voir les talents qui pourraient émerger en interne». Les travailleurs, sont de ce point de vue là, sans doute les mieux placés pour les connaître.

La nationalisation de SIDOR a également joué un rôle important dans la motivation des travailleurs des briqueteries pour mener leur combat. «SIDOR est pour nous une expérience à prendre en compte. Et même à un an de la nationalisation, je pense que les plus gros problèmes n'ont pas encore émergé ! C'est loin d'être facile parce qu'il s'agit de changer une structure capitaliste et d'aller vers un système socialiste», ajoute-t-il.

Daniel, William et leurs camarades ont des fois bien du mal à voir ce que pourrait être un système socialiste. Ils sont pourtant sûrs d'une chose, avec la nationalisation de SIDOR, la situation semble maintenant offrir d'autres perspectives, et pour une fois, ils font partie des acteurs principaux.


De Caracas,
Fernando Esteban et Sébastien Brulez
Prochain Numéro de Tout est à nous !

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SIDOR en quelques dates...


1953: Le gouvernement vénézuélien, alors sous la dictature de Marco Pérez Jiménez, prend la décision de construire une usine sidérurgique dans l'état de Bolivar (sud-est du pays). Est alors créé le Bureau des Études Spéciales de la Présidence de la République, a qui est confié notamment le projet sidérurgique.

1964: Création de l'entreprise publique CVG Sidérurgie de l'Orénoque C.A. (SIDOR) qui prend en charge la direction de l'usine existante.

1997 : Privatisation de SIDOR par le président Rafael Caldera et son ministre de la Planification Teodoro Petkoff. L'usine est vendue au groupe argentin Techint. Le nombre de travailleurs en CDI passe en quelques temps de 15 000 à 5 000.

9 avril 2008 : Hugo Chavez annonce la nationalisation de SIDOR. La décision est prise parce que le groupe Techint refusait d’améliorer les conditions de travail des salariés lors de la négociation d'un nouveau contrat collectif. Les travailleurs luttaient depuis plus d’un an en demandant l’amélioration de leurs salaires, de leur niveau de retraites, ainsi que l’intégration des 9 000 salariés sous-traitants.

12 juillet 2008 : Le gouvernement vénézuélien prend le contrôle complet de la Sidérurgie de l’Orénoque (SIDOR), qui à partir de ce jour s’appellera «Sidérurgie de l’Orénoque Alfredo Maneiro», en l’honneur du dirigeant politique communiste et rebelle vénézuélien mort en 1982.

2 mai 2009: Le Venezuela rachète officiellement SIDOR pour 1,97 milliard de dollars.

21 mai 2009: Lors d'une rencontre avec les travailleurs des entreprises de base, le président Chavez annonce la nationalisation des 4 usines du secteur briquetier (produisant des briquettes de minerai de fer et des plaques de fer). De cette façon, le cycle de production de l'acier passe entièrement sous contrôle de l'Etat, depuis les mines de fer jusqu'à la sidérurgie.

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07 décembre 2008

Situation tendue au Venezuela après les élections

Depuis les élections régionales et municipales, la tension ne cesse de croître dans le pays avec l’assassinat de plusieurs dirigeants syndicaux et paysans. Par ailleurs Chavez vient d’annoncer un nouveau référendum.

Le 27 novembre, ont été assassinés dans l’Etat d’Aragua (Etat limitrophe à l’Etat Miranda qui englobe Caracas) Richard Gallardo, Luis Hernandez et Carlos Requena, syndicalistes de l’Union Nationales des Travailleurs (UNT) et militants de Marea Socialista. Bien que les circonstances de leurs assassinats restent floues, de forts soupçons pèsent la société ALPINA (transnationale Colombienne) avec laquelle les travailleurs étaient en conflit.  Les meurtres ont eu lieu, en pleine nuit, alors que les dirigeants de l'UNT venaient de quitter leur usine où se déroulait une grève. Ces assassinats, qui restent malheureusement monnaie courant au Venezuela ont ému l’ensemble du pays. Le 1er décembre, Chavez est revenu sur ces meurtres durant l'acte de la proclamation du nouveau gouverneur d'Aragua, Rafael Isea. Il a annoncé notamment qu’une enquête approfondie sur les faits allait être diligentée. Il a aussi indiqué que l'enquête porterait sur ses sociétés transnationales qui utiliseraient la méthode de tueurs à gages dans le pays. Le Président a également évoqué la nécessité de purger la police de l'État d'Aragua, impliqués dans des actions répressives contre les travailleurs.

Par ailleurs, le leader  paysan Braulio Alvarez, qui a été lui-même la cible d'une attaque proche de lui coûter la vie il y a deux ans, a annoncé le 5 décembre la mort du dirigeant paysan Juan Bautista Duran, dans l’Etat Portuguesa (ouest du pays) et à attribué le meurtre à des paramilitaires payés par des propriétaires terriens. La lutte contre les grandes exploitations, tout en étant garanti par la Constitution vénézuélienne, a coûté la vie à 216 dirigeants paysans au cours des 10 dernières années.

Ces assassinats se font au moment où l’opposition se sent forte comme jamais après sa conquête de 6 Etats sur 23 lors des dernières élections. De nombreuses provocations se sont ainsi produites dans le pays, comme par exemple dans la municipalité de Sucre (Etat de Miranda) où un groupe de conseils communaux a fait l’objet d’actes d'intimidation de la part de groupes d'opposition visant à inciter l'évacuation des espaces publics récupérés par la population.

C’est dans ce contexte que Chavez vient d’annoncer la convocation d’un nouveau référendum le 22 février 2009. Appelant les militants du PSUV à récolter des centaines de milliers de signatures afin d’appuyer ce référendum, il s’agit pour Chavez de remobiliser les troupes après la perte de certains Etats importants lors des dernières élections. Quand à l’objet du référendum, il est simple. Il s’agit de modifier la constitution afin de supprimer la limitation du Président de la République à deux mandats consécutifs. Si le référendum est gagné, cela permettrait à Hugo Chavez d’être à nouveau candidat en 2012. Il a par ailleurs annoncé que si la victoire était au bout du référendum, il postulerait automatiquement comme candidat pour les primaires du PSUV aux présidentielles.


Chavez annonçant le référendum pour février 2009

25 septembre 2008

Le processus s’enferme dans ses contradictions

A l’image de l’emblématique Hugo Chavez, le processus bolivarien ne cesse de surprendre par les contradictions qu’il génère. Bien sûr il convient de rappeler avec force qu’il s’agit de l’expérience la plus intéressante existante à ce jour. Mais ce laboratoire d’idées qu’est aujourd’hui le Venezuela, provoque à la fois les espoirs les plus fous mais aussi pas mal d’exaspération, sans qu’aucune des deux sensations ne puisse nous faire dire définitivement que le processus bolivarien est une révolution avortée de plus, ou bien le cadre de la future société socialiste à laquelle nous aspirons.

Nous ne reviendrons pas sur les acquis du processus. Ils sont connus et reconnus, et ont fait l’objet de nombreux articles (Inprecor n°539-540). C’est plutôt autour de la figure d’Hugo Chavez qu’il faut se tourner, car force est de constater qu’il est la clé de voûte essentielle quant à la compréhension de ce qui se déroule depuis maintenant dix ans, dans ce pays. Les contradictions du personnage impactent de manière profonde un processus qui, de fait, ne peut être que chaotique. Tour à tour, envoûtant par la force de son discours et la finesse de ses analyses, mais aussi déroutant dans ses alliances contre nature avec la Russie ou ses voltefaces avec Alvaro Uribe, le président colombien, Chavez dérange, provoque, questionne et de fait, rend difficile une analyse pertinente d’un processus sans cesse en mouvement, et qui peut rendre caduque d’un jour sur l’autre, le regard porté sur la révolution bolivarienne. Or, durant les derniers mois, les actes et prises de parole du président vénézuélien ont de quoi déstabiliser.

Mesures économiques libérales ou NEP bolivarienne ?
La situation économique du pays est préoccupante. Aussi peut-on comprendre la tentative de Chavez de ré-impulser l’économie vénézuélienne face aux difficultés structurelles qu’affronte le pays, difficultés souvent héritées du régime antérieur de Punto fijo . Depuis de nombreuses années, l’inflation se situe entre 25% et 30% par an, et la décision en mai  du président Chavez d’augmenter le salaire des fonctionnaires de 30% ne résout en rien le fond du problème, car régulièrement la bourgeoisie capitaliste augmente le prix des aliments de base de 30% ou organise le lock-out afin d’alimenter la pénurie, un des outils de déstabilisation préférée de l’opposition.
L´agriculture (canne à sucre, maïs, bananes, riz et élevage notamment), délaissée au cours de l´aventure pétrolière, ne représente plus que 5% du PIB et n’emploie guère que 10% de la population active. Certes le système des banques communales, mis en place depuis 4 ans, a permis de financer nombre de coopératives agricoles. Ainsi sur l’exercice 2007-2008, la surface des terres cultivées a augmenté de 20% et la production oscille, selon les cultures, entre +10 et +25%. Mais au Venezuela le problème n’est pas de trouver des terres à cultiver, mais bien des personnes prêtent à le faire. Il y a en effet plus de terres récupérées que de paysans pour les travailler.
En matière alimentaire, les importations peuvent atteindre jusqu’à 80% de la consommation intérieure (la production vénézuélienne est par exemple incapable de satisfaire à la consommation nationale d’œufs !). Le pays importe la quasi-totalité de ses biens de production alors qu’en plus du pétrole, le Venezuela exporte du fer (12ème producteur mondial), de l’acier, de l’aluminium, de la bauxite et de l’or.
Les problèmes gangrenant l’économie sont réels, malgré une croissance économique soutenue de près de 10% par an et un PIB de l´ordre de 180 milliards de dollars, qui fait du Venezuela la quatrième puissance économique d’Amérique Latine.
Aussi en juin dernier sont annoncés une série de mesures censées ré-impulser l’économie du pays et dont le moins que l’ont puisse dire, c’est qu’elles sont pour le mieux, inspirées du keynésianisme, au pire franchement libérales.  A été annoncée entre autres, la création d'un fond pour des secteurs productifs stratégiques, doté d'un milliard de dollars. La moitié étant apportée par le Venezuela, tandis que les autres 500 millions proviendraient d’investissement chinois. Ces milliards de dollars seront destinées tant à des projets publics que privés, ainsi qu'à des entreprises mixtes. Ils devront être investis dans des secteurs stratégiques comme la production d'aliments, l'agro-industrie, la manufacture, et des productions en aval des matières premières et de ressources basiques vénézuéliennes.
Chavez annonça aussi la ré-impulsion du programme « Fabrica Adentro » et la création de plus de mille entreprises vénézuéliennes « partagées avec les travailleurs puisque des actions leur seront vendu » (sic). Ces entreprises mixtes étant destinées à « développer et à élever la productivité ».
Durant cette annonce, un assouplissement du contrôle des changes est aussi proposé pour les petites et moyennes  entreprises pour l'importation de biens de production, de machineries, de pièces ou de biens de productions afin de donner une plus grande rapidité sur l'importation nécessaire de biens de production où de matières premières nécessaire à la production.
Enfin et surtout, en matière fiscale, le président Chávez annonce l'élimination de l'impôt aux transactions financières, « impôt qui freine le processus productif ».
Autant de mesures faites pour rassurer les classes moyennes en vu des prochaines échéances électorales de novembre (municipales et fédérales), mais qui risque un peu plus de détourner des urnes les classes populaires.
Mais au-delà même de ses mesures, c’est le choix de la forme de l’annonce qui fût la plus dérangeante. En effet celle-ci fût faite en grande pompe, en compagnie d'environ 500 entrepreneurs de secteurs distincts de la vie économique vénézuélienne, parmi lesquels Lorenzo Mendoza des entreprises Polar (bières), Oswaldo Cisneros de Digitel (téléphonie), Juan Carlos Escotet de Banesco (banque) et Omar Camero de Televen (télévision). Chávez rappelant à cette occasion que le secteur privé a le plus grand poids dans le maniement de l'économie du pays.
Tout un courant officiel du gouvernement a défendu ces mesures et l’alliance avec la bourgeoisie comme une étape de transition, visant à fortifier l’industrie vénézuélienne, employant le terme de NEP , détournant de son sens le nom de la politique que Lénine et ses camarades se virent obligé d’appliquer en permettant des investissements capitalistes, notamment dans l’agriculture.
Bien évidemment, analyser le processus bolivarien d’un point de vue classique où la définition du moment où commence l’étape de transition est utilisée quand sont détruits les piliers du vieil Etat bourgeois, serait ici une erreur.  Certes, essayer de comprendre et analyser les caractéristiques et particularités de cette révolution, suppose de pouvoir débattre de tout, y compris de ce qui pourrait être tabou entre nous. Toutefois  il semble difficile de comprendre en quoi ces mesures, défendues par Chavez, permettent une fortification du processus, dans le cadre d’une étape de transition future.

Retour sur les nationalisations.
Douze jours plus tard, alors, que l’aile la plus radicale s’interroge sur la logique de telles réformes économiques, Chavez prend tout le monde à contre pied en annonçant la nationalisation de l’usine sucrière de Cumanacoa dans l’Etat de Sucre dans le cadre d’un plan de développement de production endogène de la canne à sucre.
Cette nationalisation fait suite aux nationalisations de Cantv (téléphonie) et Corpoelec (électricité) intervenu en juillet 2007, de Sidor principale aciérie du pays (Rouge n°2249) en avril 2008, des usines de ciment dont l’entreprise française Lafarge et la mexicaine Cemex en mai 2008. Enfin, cette nationalisation précède l’annonce de la nationalisation, en juillet 2008 de Banco de Venezuela, filiale du groupe Santander, deuxième banque privée du pays, brassant plus de 500 millions d’euros. Cette dernière nationalisation est extrêmement importante car on peut penser qu’elle va permettre de lutter contre le surendettement des  foyers les plus pauvres, engagés dans un modèle américain de consommation et ainsi de crédit pour payer le crédit.
Certes, on peut toujours trouver à redire sur la forme de ces nationalisations, car à chaque fois, il s’agit en fait de rachat –souvent à prix d’or- de ces entreprises. Il n’empêche qu’elles participent à donner du poids à l’appareil productif et financier d’Etat, au détriment du secteur privé. De fait, l’Etat vénézuélien est un Etat bourgeois avec de nombreux éléments de capitalisme d’Etat. Mais les nationalisations entreprises, même si elles n’ont pas eu lieu dans le cadre d’expropriation, participent au débat sur ce que peut-être le socialisme du XXIe siècle, dans le cadre d’une révolution démocratique et anti-impérialiste.

Elections au PSUV et congrès de la JPSUV.
Quelques semaines avant la nationalisation de l’usine sucrière de Cumanacoa, avaient eu lieu les élections à la direction du PSUV. Depuis le 21 juillet 2007, date de la création officielle du PSUV se sont plus de 4 millions de vénézuéliens qui ont adhéré. En tout, se sont plus de 14 000 bataillons (structure de base) de 300 militants chacun qui ont été créés. Les chiffres sont éloquents et démontre l’ampleur du mouvement. Le PSUV est en train de devenir un outil essentiel dans l’organisation du mouvement social vénézuélien, et ce, même si seulement 15% des adhérents participent de manière régulière aux activités et seulement 40% votèrent lors des diverses élections internes. Lors des élections à la direction, seuls 80000 adhérents purent voter, sans que l’on sache sur quels critères ce choix a été établi. Chavez dicta en direct à la télé une liste de 70 noms dans laquelle il fallait choisir les 35 personnes composant la future direction nationale. Enfin, les 35 de la direction nationale élue, Chavez désigna en direct à la télé les membres du bureau politique. On y retrouvera uniquement des membres du gouvernement, et aucun représentant du mouvement social ou syndical. Le vote des délégués dans chacun des bataillons se sera déroulé sans qu’il puisse y avoir un contrôle des résultats.
On pense alors le PSUV complètement cadenassé quand, encore une fois Chavez surprend tout le monde en annonçant la désignation par la base des candidats aux gouvernements régionaux (élections fédérales) et aux municipales . Ce sont plus de 2 millions d’adhérents qui se déplaceront aux urnes, sans aucun accros. Bien sûr, il y a de nombreuses choses à redire sur le déroulé de la campagne interne. Par exemple, l’interdiction pour tous les candidats de faire campagne au sein du PSUV (au nom de l’équité démocratique) a finalement servi les intérêts des candidats les plus connus, membres du gouvernement ou candidats sortants. Néanmoins, cette élection interne est à ce jour l’un des processus démocratique les plus importants, à l’intérieur d’un parti, de toute l’histoire politique.
Aussi, la constitution de la Jeunesse du PSUV (JPSUV) ne pouvait pas rester inaperçue. Le congrès de fondation a eu lieu du 11 au 13 septembre 2008. Il a réunit à Puerto Ordaz (Etat de Bolivar), plus de 1600 délégués. Durant trois jours, ceux-ci ont débattu sur les futurs statuts et la ligne politique générale de la JPSUVnouvelle organisation. Pour ce faire, des documents de travail furent distribués censé être approuvés par le congrès. Concernant les statuts de la JPSUV, les articles définissant l’organisation ne mentionnaient par exemple pas les termes anticapitalisme ou internationalisme. Les articles sur la vie interne ne parlaient pas plus de courants de pensée, encore moins de droit de tendance. La qualité des débats et la force de la jeunesse a toutefois rapidement permis de dépasser quelques tentatives bureaucratiques de laisser inchangé les propositions statutaires, avançant que le congrès devait se contenter de faire remonter des « observations ». Au final les statuts adoptés sont plus en adéquation avec une organisation qui se revendique comme révolutionnaire. Ainsi l’article 2 mentionne-t-il que : « La Jeunesse du PSUV a comme objectif d’organiser,  former  et amener la jeunesse vénézuélienne à la militance politique révolutionnaire pour transformer radicalement la société, et dépasser  toutes les formes d’exploitation, d’exclusion, de marginalisation et de discrimination qui affectent les jeunes, en dynamisant et démocratisant les espaces quotidien de la jeunesse; pour gagner l’égalité, la liberté et la participation protagonique de tous les jeunes. La JPSUV assume l’anti-impérialisme, la lutte contra la pauvreté et la faim, la participation directe, protagonique et participative,  la lutte contra la corruption et la bureaucratie, le principe de responsabilité et de coresponsabilité, la construction  du socialisme comme l’unique solution possible, l’inventivité, la critique et l’autocritique, la coresponsabilité avec l’environnement et la nature, la pluri culturalité et la multiethnicité, la justice sociale, la construction et la fortification du pouvoir populaire, la solidarité comme axe central des relacions humaines, l’humanisme, le respect de la mémoire historique et l’identité des peuples de notre Amérique, l’internationalisme, l’idéal bolivarien, la lutte contre le capitalisme et le consommation, et en définitive la construction d’une véritable société égalitaire. »
Bien sûr dans le préambule de ces mêmes statuts, on ne parle en aucun moment des relations qui unissent PSUV et JPSUV, si ce n’est pour indiquer que « une des taches fondamentales des militants de la JPSUV sera la diffusion des principes du PSUV, de son programme, et de ses documents relatifs à sa structure. » La question de l’autonomie de l’organisation de jeunesse est clairement déniée.  Toutefois une autre bataille s’annonce cruciale au sein de la JPSUV : l’élection d’une direction démocratique et respectueuse des différentes sensibilités qui compose l’organisation. Cette élection n’était pas à l’ordre du jour du congrès fondateur et est soigneusement écarté par une partie du PSUV qui se verrait bien mettre la main sur la jeunesse de l’organisation.  Charge aux militants à réussir à imposer ce débat, à moins que Chavez ne donne le ton avant…

La loi habilitante.
Un mois et demi avant, le 31 Juillet 2008, Chavez avait une nouvelle fois pris tout le monde à contre pied en faisant publier 26 décrets dans le cadre de la loi habilitante. Pour faire passer ces décrets, Chavez s’est Chavezappuyé sur les pleins pouvoirs que lui donne la constitution. Celle-ci lui permet  en effet de légiférer pour un temps défini (18 mois), d’émettre des décrets ayant force de loi dans différentes secteurs importants de la vie nationale comme la participation populaire, l'exercice de la fonction publique, l’économique et social, la science et la technologie, l’aménagement du territoire, l’énergétique, la transformation des institutions de l'État, les finances publiques, la sécurité et la défense, les infrastructures, transports et services.
Grâce à la loi habilitante, Chavez a décidé de faire passer la majorité des propositions faites lors de la réforme constitutionnelle (hormis la controversée question du renouvellement du mandat présidentiel) et qui sont de vraies avancées sociales. Ainsi furent adoptées , une loi de défense des personnes pour l’accès aux biens et services, assurant la distribution des biens de la première nécessité, prévenant les hausses intempestives des prix, et protégeant contre la publicité subliminale. Une loi relative au logement et l’habitat, conférant une garantie légale à l'attention des sinistrés lors de catastrophe naturelle, des plus de 60 ans, des estropiés et des personnes exerçant seule la charge familiale. Elle permet aussi le crédit hypothécaire finançant jusqu'à 100 % de la valeur du logement. Une réforme partielle de la loi de la sécurité sociale, aidant les travailleurs qui offrent des services à domicile, les employés de maison, les occasionnels et les membres des coopératives de production. Une loi organique de sécurité et souveraineté alimentaire qui propose de maintenir des niveaux suffisants d'autosuffisance, qui  protège les communautés de pêcheurs artisanaux, qui stimule la production nationale, qui restreint la prolifération de monopoles et enfin qui permet à l'État de fixer les prix des produits de première nécessité.
Sans même avoir connaissance du contenu de ces lois, l'opposition commencera immédiatement une campagne de discrédit, en traitant les décrets présidentiels d’acte de contrebande législative et de coup d'État à la Constitution Nationale. L'opposition, en appelant à une mobilisation rejetant les 26 décrets de la Loi, tentera de créer un climat d'instabilité et de méfiance dans une population déjà troublée.

Victoire de l’aile modérée à Sidor.
De fait la confusion est aussi présente dans l’usine Sidor, et a eu des conséquences inattendues lors des dernières élections syndicales de septembre. Première aciérie du pays, elle a été nationalisée en avril. Ici, sur près de 900 hectares  se sont presque 20 000 ouvriers qui travaillent. Tous les deux ans, des élections ont lieu entre les différentes tendances syndicales pour la direction de SUTISS , le syndicat local. Du fait de la grandeur de Sidor, le poids de SUTISS est extrêmement important puisque, avec la nationalisation, il se retrouve à cogérer l’usine. Avec 20 000 ouvriers, en comptant leur famille et leurs proches, ce sont près de 150 000 personnes qui vivent au rythme de Sidor. A ceux-ci, il convient d’ajouter tous les sous-traitants, les commerçants qui vivent grâce à Sidor. Dans une ville de 950 000 habitants, on imagine aisément l’impact d’un tel complexe sidérurgique.
La lutte des travailleurs de Sidor et la conquête de la nationalisation démontra qu’une classe ouvrière est capable de s’unir et d’être forte, malgré des divisions internes. Cette nationalisation eu des répercutions jusqu’au sommet de l’Etat, puisque le ministre du travail José Ramon Rivero, fût remplacé par  Roberto Hernández, vieux militant du PCV. Autant dire que les élections syndicales furent cette année d’une importance de premier ordre. 7 listes étaient en course. Parmi elles, Alianza sindical, conduite par José Mélendez, Sidorcamarade de Marea Socialista. Malgré une campagne de qualité et une présence de tous les instants sur le terrain, Alianza sindical n’a pas réussi à gagner les élections, terminant en deuxième position avec 697 voix quand la liste Movimiento Revolucionario Orinoco obtenait 1.393 voix. Les autres listes terminaient loin derrière avec moins de 400 voix. A noter que l’ancienne direction syndicale récoltait seulement 152 voix. L’implication de José Mélendez en faveur de la nationalisation durant les trois mois de lutte intense qu’a connue Sidor, ainsi qu’un clair positionnement sur la question du contrôle ouvrier, n’auront donc pas suffit.
Tout en ayant une attitude beaucoup plus équivoque sur la question du contrôle ouvrier, la liste Movimiento Revolucionario Orinoco a jouer à fond la carte du changement. N’ayant aucun représentant à la direction syndicale sortante, contrairement à Alianza sindical, MRO a surfer sur l’effet de la nationalisation pour revendiquer la tête du syndicat, au nom de la nouveauté. Alors que ces derniers étaient peu engagés dans la lutte des derniers mois, ils ont su attirer à eux nombre d’ouvriers séduit par l’idée du changement syndical au moment où s’ouvre une nouvelle ère du fait de la nationalisation. En ce sens, le résultat des élections à SUTISS sont assez symbolique des questionnements qui traversent la population.

Les pitityankees et le danger américain.
Mais malgré ses hésitations, le processus continue d’avancer, et continue à faire peur à ses détracteurs. Ainsi les dernières actions de l’opposition ne sont pas à prendre à la légère.
Pour la première fois, divers officiers de l’armée vénézuélienne ont été arrêtés pour conspiration le 17 septembre 2008. Selon José Vicente Rangel, ex-Vice-président de la République, ces derniers avaient le Los_Caobosprojet d’attaquer l’avion présidentiel en vol, durant l’un de ses nombreux déplacements. Plusieurs conversations téléphoniques allant dans ce sens et ne laissant aucun doute sur les intentions des militaires ont été enregistrées, et aussitôt diffusées dans l’émission de Venezolana de Television, La Hojilla. Par ailleurs lors des premiers interrogatoires, les détenus, ont admis leur participation à ce nouveau plan de déstabilisation. Le viceamiral Millán Millán, qui fait office de coordonnateur de la conspiration et le général Báez Torrealbaint ont aussi avoué avoir eu des contacts avec l'extérieur.
Toujours selon Rangel, des contacts civils auraient aussi été découverts, notamment chargés de recueillir de l'argent pour les conspirateurs, et lié à l’extrême-droite mexicaine. Rangel a aussi accusé Juan Manuel Santos, ministre de la Défense de la Colombie, d’être le dirigeant de la conjuration depuis la Colombie, dénonçant des contacts permanents avec l'opposition vénézuélienne et des militaires vénézuéliens en retraite.
Enfin, des forts soupçons pèsent sur les Etats-Unis quant à un soutien logistique éventuel. De fait, il y a peu de chance de croire que c’est le hasard qui à fait se porter dans les eaux vénézuéliennes la Quatrième Flotte, avec 24 navires militaires de divers calibre. De la même manière la CIA aurait été très active sur ce dossier, au travers de divers conseillers du Département d’Etat américain, comme Roger Noriega  Otto Reich  et John Walters.
Ces derniers évènements démontrent l’activité toujours incessante de l’opposition vénézuélienne, les pitiyankees   n’ayant pas renoncé à renverser Chavez, puisque la voie démocratique semble clairement leur en empêcher. Ils font échos aux tristes évènements de Bolivie où les américains utilisent les mêmes méthodes, à savoir le soutien financier et logistique à l’opposition locale pour tenter de renverser le pouvoir élu. Dans un tel contexte, il n’est étonnant de voir qu’à quelques heures d’intervalles, Morales et Chavez ont expulsé leur ambassadeur américain respectif.

Chavez dérange, la pression américaine constante le démontre une fois de plus. Ses attaques verbales incessantes contre l’impérialisme US, ses rapprochements avec l’Iran ou la Russie sont autant de piques contre l’hégémonie nord-américaine. Mais au-delà, c’est bien le modèle de société en construction au Venezuela qui dérange les américains. Certes le processus est chaotique, encore trop soumis aux décisions de Chavez et parfois beaucoup trop timide dans ses avancées. Mais toutes les mesures prises doivent être accompagnées par la lutte afin que, par exemple, les entreprises nationalisées soient gérées démocratiquement par les travailleurs. Il n’y a pas de transition possible s’il n’y a pas approfondissement des mesures prises en faveurs des travailleurs. Mais cela n’est pas de la seule responsabilité de l’Etat et de Chavez. Le président vénézuélien ne va pas diminuer son influence de lui-même. Celle-ci se fera seulement si les travailleurs sont capables de s’unir, d’unir le monde ouvrier afin d’être une force indépendante. Ainsi, l’avenir de la Révolution bolivarienne n’est pas que de la seule responsabilité d’Hugo Chavez mais dépendra plus de la capacité propre des ouvriers à être l’acteur principal et incontournable du processus.

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08 septembre 2008

Retour à SIDOR

Les élections touchent à leur fin à SIDOR. La campagne vient de se terminer, place au vote pour les trois prochains jours. Les camarades de la liste n°2, dite « alliance syndicale » ont de bonnes chances de l’emporter, ce qui signifierait une place prépondérante dans le conduite de l’usine. Dans tous les cas, il n’y aura aucun regret, leur campagne aura été de bout en bout exemplaire…

Panorama_SIDOR
Prise de parole des camarades lors de l'arrivée des ouvriers à l'usine

Nueva_Prensa_Guayana
Stalin Perez et ma pomme dans la presse locale

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29 août 2008

Visite de SIDOR

L__quipe

Dans un de mes précédents messages, vous avez pu lire un article sur la nationalisation de TERNIUM-SIDOR, principale aciérie du pays. Nous nous sommes rendus sur place avec Christophe à la fois pour découvrir l’usine, mais aussi pour filer un coup de main aux camarades de Marea Socialista durant les élections syndicales.
SIDOR est implantée à Ciudad Guayana, ou plus exactement à Puerto Ordaz, une des deux villes, avec San Felix, qui forment la commune de Ciudad Guayana, située au sud du pays, dans l’Etat de Bolivar. Ce qui frappe avant tout en arrivant, c’est la chaleur étouffante. Sous un soleil de plomb, il fait ici près de 40° degrés à l’ombre. Et il ne s’agit pas ici de la chaleur que l’on peut rencontrer le bord des plages, mais d’une chaleur qui vous prend le corps tout entier, qui vous rend moite dès que vous êtes sorti du bus climatisé, et qui ne vous quitte que lorsque vous repartez. Les vêtements sont humides, collent à la peau, vous vous bougez avec difficulté, et vous chercher avec bonheur les endroits climatisés.
Nous avons rendez-vous ici avec José Melendez, le principal leader syndical de Marea. Il est aujourd’hui en campagne pour être élu Président du syndicat de l’usine, poste devenu extrêmement important depuis la nationalisation. Son engagement durant les trois mois de grève de l’usine lui assure une notoriété très importante.
Le rendez-vous est fixé à 9 heures du matin, il arrivera à une heure de l’après-midi, ponctualité locale oblige. Nous passons notre première après-midi là-bas à tracter pour la campagne, sans pouvoir visiter l’usine que nous devinons immense. On nous promet la visite pour le lendemain matin 7 heures.

Le lendemain, la visite commence, et nous avions deviné juste. L’usine est proprement gigantesque : 900 hectares et près de 20 000 ouvriers sont là. Les bâtiments se succèdent à perte de vue. Impossible de voir la fin. Ce que nous n’avions pas deviné, c’est l’enfer des conditions de travail. Bien sûr, on suppose dans ce genre d’endroit, la dureté du labeur. Mais réellement, il s’agit de quelque chose d’inhumain, au sens premier du terme. Il devrait être interdit à quelque être humain de travailler ou vivre dans de telles conditions. Ici la chaleur dépasse facilement les 50 degrés, flirte avec les 60. Se mouvoir est difficile. Les protections obligatoires, casque, masque, lunettes, rendent encore plus prégnantes le sentiment d’étouffement. Mais cela n’est rien. Tout l’acier travaillé ici déplace une quantité de poussière proprement hallucinante. De fines particules de métal qui vous collent à la peau, qui s’introduisent dans chacun de vos pores, et qui vous scient littéralement de l’intérieur à chacun de vos gestes. Enfin, il y a le bruit. Oppressant, immense, qui vous comprime la tête et rend encore plus fort la sensation d’isolement et de perdition. Sorti de l’enfer, chaque parole de nos camarades disent la difficulté du labeur, la peur qui les a envahit lors des premiers jours du travail ici, la fatigue, l’usure, le risque incessant de l’accident, synonyme de perte d’un membre au mieux, ou bien le pire… la mort.

En même temps tous racontent la fierté de travailler ici, dans cette usine, qui est devenu la leur depuis la nationalisation. On nous indique que beaucoup de choses ont changé en quelques mois, notamment au niveau salarial et des types de contrat, mais beaucoup de choses restent à faire, surtout au niveau des conditions de travail.
Alors nous continuons avec eux, tractage, collage, discussions. On se rend à l’arrivée des bus pour discuter avec les ouvriers qui viennent prendre leur tour. Evidemment ici l’usine ne s’arrête jamais. On fait les 3 huit. La campagne bat son plein…. Résultat le 12 septembre.

 

William__Christophe__moi

 

Sur le même thème, vous pouvez voir les très belles photos de Christophe sur son blog, Sous le rocher.

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30 juillet 2008

Nouveaux Visages, même objectif.

Salut à tous. Aujourd'hui, je vous invite à voir ce documentaire sur le mouvement étudiant d'opposition au Venezuela. Produit par Telesur et réalisé par David Segarra, il met a jour les liens entre les leaders étudiants d'opposition avec l'organisation serbe OTPOR (aujourd'hui CANVAS), le Partido Popular espagnol, organisation de jeunesse du PP, Nuevas Generaciones, la Fondation FAES, dirigée para Jose Maria Aznar, institutions dépendantes du gouvernement des Etats-Unis, des jeunes liés a Silvio Brelusconi et au Vatican. Il donne aussi un autre point de vue sur les incidents survenus a l'Université Centrale du Venezuela le 7 novembre 2007, pendant lesquels se sont produits de graves faits de violence et dont les images ont été manipulées à des fins politiques. Edifiant !

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31 mai 2008

Révolution bolivarienne : la croisée des chemins

La défaite du président Hugo Chavez lors du référendum de décembre dernier marque un tournant important dans le processus bolivarien qui a débuté il y a maintenant plus de dix ans. Suite à cette défaite une question essentielle se pose : accélérer le processus vers une société socialiste ou bien au contraire préférer le statu quo en centrant la révolution sur la seule image du président.

Après treize élections gagnées d’affilées, la défaite de décembre a eu l’effet d’un coup de massue sur l’ensemble de la gauche bolivarienne. Pour la première fois en dix ans, le peuple vénézuélien a marqué sa désapprobation, malgré les avancées notoires de la révolution.

Les avancées de la révolution.

Dans un pays qui est le 4ème exportateur mondial de pétrole, et qui possède la plus grande réserve pétrolière du monde le pétrole est une arme financière redoutable. Les bénéfices engendrés par PDVSA (entreprise pétrolière du pays) permettent de financer les « missions » de la révolution. Parmi les plus importantes, les missions d’éducation : la mission Robinson vise à apprendre à lire et à écrire aux analphabètes. La mission Ribas forme des bacheliers. La mission Sucre offre l’accès à l’université à des élèves que l’ancienne république avait exclus. Dans ce but, une université bolivarienne a été créée et implantée dans tout le pays. Elle se situe en parallèle des universités vénézuéliennes classiques dont les plus connues sont l’Université Centrale du Venezuela (Caracas) et l’Université Andine (Merida).
Ces missions éducatives rencontrent un vif succès. Les étudiants, de tous âges, sont très nombreux, à tel point que les centres où se déroulent les missions se multiplient. Cet engouement s’explique en partie par la méthode d’enseignement utilisée. Les cours se font sur cassette vidéo, un facilitation est là pour aider le groupe, qui est toujours assez petit. Ici, il n’y a pas de place pour l’évaluation sanction. Tout est fait pour encourager les progrès de l’apprenant. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : en octobre 2005, l’UNESCO a très officiellement proclamé le Venezuela « territoire libéré de l’analphabétisme ».
Une autre des missions les plus connues est la mission « Barrio adentro » qui est une mission médicale. Dans le cadre d’un accord avec Cuba, près de 15 000 médecins cubains sont aujourd’hui employés par le gouvernement vénézuélien. L’accès à la santé est donc devenu totalement libre et gratuit. Installés dans des cabinets médicaux, tous construits sur le même modèle, les médecins soignent la population, mais en même temps informent et sensibilisent aux règles d’hygiène, et à la contraception. Ils tiennent aussi de nombreuses statistiques à jour afin de voir l’évolution sur le plan médical de la population. Les progrès sont notoires, et l’ensemble de la population, notamment dans les barrios, a vu ses conditions de vie largement s’améliorer grâce à ces médecins.Mercal
Nous pourrions aussi parler de la mission Mercal qui commercialise des produits alimentaires à bas prix. Créée pour tous les Vénézuéliens, elle s’adresse plus spécifiquement à la population démunie. Nous pourrions parler de la mission Piar qui vise à améliorer les conditions de vie des mineurs, ou de Vuelvan Caras qui a pour but de développer les coopératives de production, ou encore de Guaicai qui travaille à restituer les droits des peuples et des communautés indigènes du pays. Chavez répète souvent que « pour lutter contre la pauvreté, il faut donner le pouvoir aux pauvres ». Les missions sont là pour ça… pour aider cette population nécessiteuse des barrios, celle-là même qui est descendue dans la rue en 2002 pour le rétablir au pouvoir.
Enfin, comment parler des avancées de la révolution bolivarienne sans évoquer l’une des réformes essentielles du processus : la loi de la terre et de la pêche. A elles seules huit familles du pays possèdent conjointement plus de 150 mille hectares de terrains. Cela représente à peu près l’équivalent de dix-huit fois la surface de la capitale du Venezuela, où vivent plus de 4 millions de personnes. De surcroît ces immenses biens fonciers demeurent la plupart du temps non cultivés, alors qu’ils sont situés dans les régions les plus fertiles du pays. De plus, il faut souligner que certaines grandes exploitations, comme par exemple la compagnie de production de liqueurs Santa Teresa, implantées dans les vallées de l’Aragua, ne disposent d’aucun titre de propriété sur les terres qu’elles occupent. La loi a permis de lancer un processus de répartition plus équitable de la richesse foncière en régularisant le partage de la terre entre paysans par l’intermédiaire de l’Institut national des terres. Elle a stimulé la construction de centres de population ruraux dotés de services, donnant à leurs habitants accès à la santé, à l’éducation, pour mener une vie plus digne. La loi protège les paysans pauvres, stimule la formation de coopératives et d’autres formes de production associatives en les soutenant financièrement et techniquement et en créant parallèlement les conditions de leur viabilité économique par la mise en place des voies de transport et de commercialisation nécessaires.

Retour sur le référendum perdu.

On peut donc s’étonner que malgré ces avancées notoires, Hugo Chavez ait perdu le référendum de décembre dernier. D’autant plus que dans la proposition du président, on pouvait notamment trouver :
- la reconnaissance de la participation populaire au travers des Conseils de Pouvoir Populaire (comme par exemple, les Conseils Étudiants, Paysans, etc..), les associations de travailleurs, de coopératives, d'entreprises communautaires ;
- le renforcement du droit au travail incluant la création d’un fond de stabilité sociale pour les travailleurs permettant à ceux ci, avec l'aide de l'Etat, de bénéficier de droits étendus en matière de retraite, pensions, congés payés ;
- la réduction de la journée de travail de 8 à 6 heures quotidiennes, et de 40 à 36 heures hebdomadaires.
- la reconnaissance des spécificités des groupes indigènes et des groupes descendants de l'immigration forcée africaine en leur garantissant la jouissance d'une attention particulière de la loi ;
- la création d'un modèle économique productif étatique, fondé sur les valeurs d’humanisme, de coopération et de prépondérance de l'intérêt commun sur l'intérêt particulier. L'État promouvant et développant des formes distinctes d'entreprises et d'unités économiques de propriété sociale, commune ou étatique, de production et de distribution sociale, de statuts mixtes entre l'État et le secteur privé, en créant les meilleures conditions à la réalisation économie socialiste.
Autant d’avancées sociales qui pouvaient laissées penser que les classes populaires se mobiliseraient pour voter une nouvelle fois en masse en faveur des propositions de Chavez. Or il n’en fut rien, au contraire. Le référendum est plus une défaite du président vénézuélien qu’une victoire de l’opposition. Si on compare les résultats à ceux de la dernière élection présidentielle, gagnée par Chavez avec 61,35% des voix, l’opposition stagne avec 4 millions de voix alors que Chavez perd lui 3 millions de voix. L’abstention a été de 45%. Au final, c’est de seulement 200 000 voix que la proposition constitutionnelle est rejetée.

La plupart des médias français et occidentaux sont très vite montés au créneau pour saluer la sagesse du Chavezpeuple vénézuélien. Pour eux l’explication à cet échec est simple, linéaire, et se développe en deux points : refus d’un modèle socialiste « à la cubaine », et refus de permettre à Chavez de pouvoir se représenter à la présidence de manière indéfinie. Certes l’article 230 de la nouvelle constitution proposait un allongement de la période présidentielle à 7 ans avec la possibilité de se représenter immédiatement et de façon indéfinie. Une telle proposition n’est évidemment pas satisfaisante. De là à conclure que Chavez veut faire du Venezuela une dictature comme cela a été écrit, c’est omettre un peu vite que ce même système est en vigueur en France ou dans d’autres démocratie européenne sans que cela ne pose le moindre problème à ces média bien pensants. Ceux là même ont d’ailleurs vite oublié de rappeler que le Venezuela est bien une démocratie puisque Chavez a reconnu sa défaite et félicité ses opposants au soir des résultats.
Les raisons de la défaite sont sans doute à chercher ailleurs.

D’abord, en voulant satisfaire largement la population, la proposition n’a, au final, satisfait personne. Le renouvellement du mandat présidentiel était clairement là pour satisfaire l’aile modérée du processus bolivarien. Celle qui se réclame d’un chavisme sans socialisme. Par contre elle ne pouvait pas convenir à l’aile la plus radicale du processus. C’est ainsi que l’on a pu voir des personnalités comme Orlando Chirino, membre de la direction de la première confédération syndicale du pays, la UNT, prendre officiellement position contre la proposition. A l’inverse, tout l’aspect social de la réforme, décliné plus haut, était inacceptable pour une nouvelle bourgeoisie bolivarienne qui ne veut pas de socialisme. De ce point de vue, un symbole fort à été la prise de position forte contre la réforme du général Baduel, vieux compagnon de route de Chavez.

Ensuite, il y a très clairement eu un problème dans la méthode choisie par Chavez. Le Président vénézuélien a travaillé à une réforme constitutionnelle,  en la cantonnant à un groupe d'amis choisis et rassemblée autour de sa propre personne. Au-delà des propositions de réforme, Chavez a ainsi fait disparaître par décret la formule originale de cette révolution : celle d'un processus populaire, révolutionnaire, démocratique de caractère constituant. Le maximum qui  a pu être obtenu est une scène de discussion ouverte autour de l'assemblée constituante de 1999. Au moment où le contexte offrait la possibilité d'aller beaucoup loin, d'entreprendre une réforme en structurant des espaces d'échange et de pouvoir dans tout le pays, Chavez a mis au pied du mur  tout le mouvement bolivarien et révolutionnaire en lui imposant d’être avec ou contre lui. L’issue restante, consistait en ce que le modèle de réforme proposé par Chavez soit un brouillon de travail pour toute une quantité d'espaces constituants organisés dans tout le pays, en cherchant peut-être son approbation mais en gagnant un modèle de légitimité, et de concrétisation de la démocratie constituante et révolutionnaire. De fait, la réforme passait quasiment au second plan car Chavez devait personnifier dans la campagne le référendum au point de le transformer en plébiscite. C’est le fameux « Voter Non c’est voter Bush, voter Oui c’est voter Chavez ».

Face à cela l’opposition a développé une campagne terriblement efficace. A coup de spots publicitaires, mais aussi en allant dans les quartiers populaires, l’opposition n’a eu de cesse d’expliquer qu’avec la réforme et « l’arrivée du socialisme », l’Etat serait propriétaire de tous les biens privés et pourrait se saisir de manière absolument légale des maisons, voitures de tout un chacun. Jouer sur la peur, en expliquant que le socialisme c’est prendre à celui qui a peu ou rien, l’argumentaire à fait mouche.

Enfin, la raison principale de cet échec est sans doute la montée d’une certaine contestation dans le camp bolivarien. La volonté de résumer la révolution  bolivarienne à la seule figure de Chavez, la manière dont le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) se constitue, sans beaucoup de concertation,  et aujourd’hui la façon dont on a tenté d’imposer la réforme, expliquent cette grogne. L’abstention a été forte parce que la proposition de Chavez, tant sur la forme que dans ses contenus essentiels n’offraient pas de perspectives pratiques démocratique et contre-hégémonique. Comme Sébastien Ville et François Sabado l’indiquent dans Rouge n°2230 «cette défaite répond à la dégradation des relations entre le pouvoir et les secteurs les plus combatifs de la révolution bolivarienne ».

Il est utopique de penser que dans l’Amérique latine d’aujourd’hui, il est possible d’imposer des socialismes d’en haut. Le défi est de construire une démocratie radicale, opposée au statut quo actuel mais pluraliste en termes d’acteurs et d’idéologies populaires. Face à ce premier revers, les tentations sont grandes pour l’aile modérée du chavisme d’imposer une nouvelle réforme en minorant les aspects socialisants ou socialistes, en expliquant que ceux-ci ont été la cause de l’échec du 2 décembre. Tout l’enjeu pour le mouvement social est donc d’imposer au processus qu’il continue sa marche en avant. Et de ce point de vue, il y a fort heureusement des points positifs.

La nationalisation de SIDOR.

Tout d’abord, il y a bien entendu la toute nouvelle nationalisation de SIDOR. Après trois mois de grève acharnée et de lutte, le mercredi 8 avril, Hugo Chavez est enfin intervenu et accepté de renationaliser la plus importante usine sidérurgique du pays, privatisée en 1997 par le Président Caldera.
Au cœur du débat, la dénonciation par les ouvriers et le syndicat UNT de la transgression par SIDOR des lois vénézuéliennes sur le travail. Piétinant la convention collective, la direction de TERNIUM-SIDOR, entreprise détenue à 20% par l’Etat, 20% par les ouvriers et à 60% par le consorsium italo-argentin TECHINT,  maintenait dans une précarité salariale absolue depuis 15 mois les 15000 ouvriers dont 9000 précaires. Non seulement la direction refusait jusqu’à présent d’appliquer les améliorations salariales votées légalement en assemblée générale par les ouvriers, mais au contraire prétendait imposer des réductions d’effectifs, des réductions salariales, des modifications des contrats de travail dans le sens d’une plus grande précarité, ainsi qu’une révision à la baisse des retraites versés aux anciens employés.
Pire encore, alors que la détention de 20% du capital permettait aux ouvriers de désigner un des co-présidents, la direction refusait catégoriquement de reconnaître la validité de ce vote. Jusqu’alors protégée par José Ramon Rivero, ministre du travail, la direction de l’entreprise pensait pouvoir compter sur le fait qu’elle bénéficiait de capitaux étranger pour continuer à bafouer la loi vénézuélienne.  Alors que Rivero n’a jamais cherché à négocier et à au contraire préféré imposer une épreuve de force aux ouvriers, comme il l’avait précédemment fait en aout dernier face aux camarades de l’UNT du secteur public, celui-ci vient d’être désavoué de manière cinglante par Chavez.
Le 4 avril dernier, le syndicat UNT organisait un référendum où deux questions étaient posées aux ouvriers de l’usine : d’abord s’ils étaient ou non d’accord avec la proposition patronale faite autours de la table des négociations, et ensuite s’ils souhaitaient poursuivre la grève et les négociations. Malgré les trois mois de lutte, les ouvriers ont répondu non à la première question par 3 338 votes contre 65, et oui à la deuxième par 3195 contre 97.
Le lundi 7 avril, las de la résistance ouvrière, le gouvernement a décidé, par la voix de son vice-président Ramón Carrizales, de convoquer de nouvelles négociations. Négociations où cette fois, le ministre José Ramon n’était pas convié. Sous la pression constante de 600 travailleurs veillant en permanence l’usine, il aura fallu moins de 48 heures pour sortir de la crise.

La chute de Rivero.

Cette lutte aura par ailleurs signé la chute de José Ramon Rivero. Ce n’est pas la première fois que les camarades de l’UNT s’affrontait à lui. Le 15 août dernier, les représentants syndicaux de la UNT, travailleurs du Ministère du travail public du Venezuela avaient rendez-vous avec sa directrice de cabinet, LenninaCort_ge_de_la_CTR_de_soutien___la_r_forme_constitutionnelle_le_jour_de_l_annonce_officielle Galindo, afin de présenter leur projet de convention collective nationale pour l'ensemble des travailleurs du secteur public. A leur arrivée, il leur est indiqué que la directrice de cabinet est en rendez vous avec le ministre José Ramón Rivero. Les représentants syndicaux décident donc d'attendre. A la fin de la journée, on revient à nouveau les voir pour leur indiquer que sur ordre du ministre, Lennina Galindo n'est pas autorisé à les recevoir. Les syndicalistes, furieux, décide alors d’occuper le Ministère, jusqu’à être reçus. Quarante cinq personnes, hommes et femmes, restent donc à attendre. Dans un premier temps, chef de cabinet, vice-ministre sont envoyés pour convaincre les récalcitrants de sortir du Ministère. Puis, comprenant qu’il ne pourrait éviter une confrontation, le ministre ordonne la fermeture des portes, mais aussi de couper l'eau et l'électricité. Six jours se sont ainsi écoulés sans évolution de la situation. On empêche les pompiers de rentrer, on interdit tout contact avec les employés du ministère qui, par solidarité, tentent vainement  de leur faire parvenir de la nourriture. Privés d’eau, d’alimentation, de médicaments, devant ce manquement grave aux droits élémentaires de la personne humaine, les courageux syndicalistes restent tout de même en place. Le ministre fait alors appel à l’armée pour les évacuer. Celle-ci se rend sur les lieux, constate l’occupation, mais décide de ne pas intervenir. Furieux, le ministre décide alors d'utiliser purement et simplement des méthodes mafieuses, en faisant appel à des voyous de quartiers. Promettant à chacun 50 000 bolivars (environ 15 euros), il leur demande de faire sortir manu militari ces syndicalistes qu’il présente comme des opposants anti-chavistes. S’en suit une évacuation violente du ministère  où les syndicalistes sont chassés par des voyous armés de revolvers.
Mais le plus cocasse de l’histoire n’est pas dans l’évacuation en tant que tel.
En fait, ces camarades syndicalistes sont tous membres des courants C-CURA et Marea Socialista de la UNT, et se revendiquent pour beaucoup comme trotskistes. Et au moment où l’évacuation se déroulait, ce même ministre faisait un discours d’inauguration lors du premier hommage officiel rendu par la République bolivarienne à… Léon Trotski ! Telles sont les méthodes de Rivero.
Enfin, au moment de son éviction, Rivero était entrain de tenter de monter une nouvelle centrale syndicale, directement en concurrence  avec la UNT, et qui aurait été aux ordres. Si ce projet, semble avoir été gelé avec le départ de Rivero, rien n’indique qui ne sera pas ressorti un jour du placard par l’aile droite du chavisme.

Les manœuvres internes au PSUV.

Celle-ci semble pour le moment plus préoccupée par le PSUV, Parti Socialiste Unifié du Venezuela, le nouveau parti regroupant l’ancien MVR de Chavez, et une partie du Parti Communiste Vénézuélien, du PPT et de Podemos. Courant du mois de mars, le vote de la direction a eu lieu. La première étape a consisté à la désignation des militants qui ont eu le droit de vote.  Sur 5 millions d’adhérents, seuls 80000 ont pu voter, sans que l’on sache sur quels critères ce choix a été établi. Dans un deuxième, Chavez a annoncé en direct psuv_logo_471x212à la télé une liste de 70 noms dans laquelle il fallait choisir les 35 personnes qui allaient composer la direction nationale. Enfin, troisième étape, les 35 de la direction nationale élue, Chavez a désigné en direct à la télé les membres du bureau politique. On y retrouve uniquement des membres du gouvernement, et il n’y a aucun représentant du mouvement social ou syndical. Le vote des délégués dans chacun des bataillons (structure de base) s’est déroulé sans qu’il puisse y avoir un contrôle des résultats. Malgré ce cadrage de la bureaucratie, il reste des espaces politiques au sein même du PSUV. Ainsi par exemple, au moment du vote des 35 personnes devant composer la direction nationale, une liste faite par le gouvernement a circulée, pour indiquer les noms pour lesquels il fallait voter. Malheureusement pour eux, les 80 000 grands électeurs, n’ont pas suivi les consignes et ont voté librement. Ce qui explique sans doute en parti la reprise en main de Chavez et sa nomination directe du bureau politique. De la même façon, le camarade Gonzalo Gomez, membre de Marea Socialista a réussi à être élu comme délégué, malgré l’opposition de la bureaucratie. Certes, l’apprentissage au sein de cette grosse machine qu’est le PSUV est extrêmement compliquée, néanmoins l’assiduité et l’âpreté dans le combat politique dont font preuve les camarades de Marea Socialista, au premier rand duquel Stalin Perez, leur permet de gagner de l’audience. Ces petites victoires politiques du quotidien, valident a postériori le choix de rentrer dans le PSUV et d’appeler à voter oui au moment du dernier référendum. A contrario, les positions des camarades de la C-CURA et d’Orlando Chirino sur ces deux principaux points, tendent à les mettre hors jeu du champ politique.

Dans l’optique des prochaines échéances électorales.

Dans ce contexte, les élections municipales de novembre s’annoncent très compliquées. Il y a fort à parier que le camp chaviste perde un nombre conséquent de ville, ce qui affaiblirait encore un peu plus le processus. Au moment où la révolution semble chercher un second souffle, les problèmes du quotidien refont surface. L’inflation galopante de 20% par an, l’insécurité, le problème des ordures, du chômage, de la corruption sont autant d’éléments qui contribuent à peser sur le processus et qui joueront un rôle prépondérant au moment de mettre un bulletin dans l’urne. Certes, ces problèmes ne sont pas nés avec la révolution bolivarienne et sont hérités de l’ancienne république, toutefois, les chavistes doivent à la fois pouvoir répondre sur les questions liées aux conditions de vie tout en continuant à proposer un autre projet de société. Depuis dix ans, la révolution continue d’être sans cesse attaqué par la bureaucratie capitaliste, ce qui lui impose de résoudre les problèmes stratégiques de l’industrialisation et de la nationalisation, du développement de l’agro-industrie dans les campagnes, et surtout de la banque privée qui contrôle encore les finances publiques et les taux d’intérêt de l’emprunt (qui est de l’ordre de 32%). Si le camp bolivarien ne prend pas ces problèmes à bras le corps, les villes de Ciudad Guyana (le plus important bassin sidérurgique du Venezuela), de Puerto La Cruz (ville pétrolière), de Valencia (principale ville industrielle du pays) et même Caracas, la capitale, peuvent être perdues, et au-delà mettre un coup d’arrêt à la révolution.

Aussi, plus que jamais il est important de défendre le processus bolivarien. Bien sûr celui-ci connaît des errements, des dérives condamnables telles celles que nous avons pu développer ci-dessus, et nous n’aurons de cesse de les condamner. Néanmoins, il convient de répéter avec force que la révolution bolivarienne reste de loin, et malgré ses erreurs, le phénomène le plus intéressant existant à ce jour sur la planète. De lui dépend l’équilibre de toute la région andine et caribéenne. Si un coup fatal lui est porté, c’est à la suite les processus bolivien et équatorien qui s’effondreront. C’est l’expérience cubaine qui prendra fin. Malgré des avancées incontestables au bénéfice des couches les plus défavorisées, la lourdeur bureaucratique de l’appareil d’Etat ainsi que le contexte continental pèsent énormément. Voilà pourquoi il important de suivre et de soutenir le mouvement social vénézuélien. Certes celui-ci reste affaibli et divisé. Mais c’est sa capacité à s’unir qui permettra de donner un second souffle à la révolution et radicalisera un processus qui est encore et toujours encore trop dépendant de la seule figure d’Hugo Chavez.

02 mai 2008

1er mai

Voici les photos du 1er mai. Evidemment grosse mobilisation de 10 heures du matin à 4 heures de l’après-midi sous un soleil de plomb et plus de 30 degrés ! Pourtant, il y avait quelque chose d’étrange dans cette mobilisation. Il n’y a pas de cortèges syndicaux. Chacun défile avec sa boite, son organisme, son ministère, ce qui donne un côté obligatoire au défilé et relativise les syndicats qui ne peuvent se compter. Résultat, la banderole de Marea Clasista, un des principaux courants de la principale centrale syndicale, était tenu par Stalin Perez, un brésilien (du PSOL), un argentin (du MST) et ma pomme ! Un peu court comme illustration de la force syndicale…

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25 avril 2008

Olivier à Caracas

Olivier était à Caracas du 16 au 19 avril. Nous en avons profité pour rencontrer différents responsables politiques et syndicaux. Au programme notamment, une rencontre avec Noelie Pocaterra, vice-présidente de l’Assemblée Nationale et présidente de l’Assemblée des peuples indigènes. Nous avons ensuite rencontré les camarades du courant Marea Socialista, un des courants dirigeant la UNT, principale centrale syndicale du pays. Olivier a aussi était reçu par Alejandro Fleming, vice-ministre aux affaires étrangères. Enfin, le dernier jour, il a donné une conférence au CIM qui a été un vrai succès. Ci-dessous les photos. Olivier a aussi accordé une interview a Vive Tv, j’essaye de récupérer la vidéo pour vous l’envoyer…

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Avec Noélie Pocaterra, à l'Assemblée nationale

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Avec les camarades de Marea Socialista

Olivier_MRE           Olivier
La visite d'Olivier sur le site du MAE                       L'affiche annoncant la conf

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La conférence avec olivier et luis Bonilla, président du CIM

10 avril 2008

Nationalisation de TERNIUM-SIDOR

Après plus de trois mois de lutte intensive et de grève, les travailleurs de TERNIUM-SIDOR usine sidérurgique de Ciudad Guyana (Etat Bolivar), viennent d’obtenir la garantie par Hugo Chavez, de la renationalisation de leur entreprise.

Il aura donc fallu trois mois aux ouvriers de TERNIUM-SIDOR pour faire entendre raison au gouvernement vénézuélien. Trois mois de grève acharnée. Trois mois de lutte avec comme point culminant la sauvage répression par  la garde nationale le 14 mars dernier. Mais ce mercredi 8 avril, Hugo Chavez est enfin intervenu et accepté de renationaliser la plus importante usine sidérurgique du pays, privatisée en 1997 par le Président Caldera.
Au cœur du débat, la dénonciation par les ouvriers et le syndicat UNT de la transgression par SIDOR des lois vénézuéliennes sur le travail. Piétinant la convention collective, la direction de TERNIUM-SIDOR, entreprise détenue à 20% par l’Etat, 20% par les ouvriers et à 60% par le consorsium italo-argentin TECHINT,  maintenait dans une précarité salariale absolue depuis 15 mois les 15000 ouvriers dont 9000 précaires. Non seulement la direction refusait jusqu’à présent d’appliquer les améliorations salariales votées légalement en assemblée générale par les ouvriers, mais au contraire prétendait imposer des réductions d’effectifs, des réductions salariales, des modifications des contrats de travail dans le sens d’une plus grande précarité, ainsi qu’une révision à la baisse des retraites versés aux anciens employés.
Pire encore, alors que la détention de 20% du capital permettait aux ouvriers de désigner un des co-présidents, la direction refusait catégoriquement de reconnaître la validité de ce vote. Jusqu’alors protégée par José Ramon Rivero, ministre du travail, la direction de l’entreprise pensait pouvoir compter sur le fait qu’elle bénéficiait de capitaux étranger pour continuer à bafouer la loi vénézuélienne.     Alors que Rivero n’a jamais cherché à négocier et à au contraire préféré imposer une épreuve de force aux ouvriers, comme il l’avait précédemment fait en aout dernier face aux camarades de l’UNT du secteur public, celui-ci vient d’être désavoué de manière cinglante par Chavez.
Le 4 avril dernier, le syndicat UNT organisait un référendum où deux questions étaient posées aux ouvriers de l’usine : d’abord s’ils étaient ou non d’accord avec la proposition patronale faite autours de la table des négociations, et ensuite s’ils souhaitaient poursuivre la grève et les négociations. Malgré les trois mois de lutte, les ouvriers ont répondu non à la première question par 3 338 votes contre 65, et oui à la deuxième par 3195 contre 97.
Le lundi 7 avril, las de la résistance ouvrière, le gouvernement a décidé, par la voix de son vice-président Ramón Carrizales, de convoquer de nouvelles négociations. Négociations où cette fois, le ministre José Ramon n’était pas convié. Sous la pression constante de 600 travailleurs veillant en permanence l’usine, il aura fallu moins de 48 heures pour sortir de la crise.
Si pour l’heure, les ouvriers n’ont obtenu satisfaction sur aucune de leurs revendications, ceux-ci s’accordent à dire que cette nationalisation était la condition essentielle à une amélioration des conditions de travail. Plus tard dans la soirée, le même Ramon Carrizales, assurait, lors d’une conférence de presse, que la nationalisation de TERNIUM-SIDOR n’affecterait en rien les relations avec le gouvernement de Kichner, et ce, malgré la forte participation argentine dans le capital de l’entreprise.

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José Melendez, dirigeant syndical de TERNIUM-SIDOR

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