10 février 2009
Référendum au Venezuela : Stop ou encore ?
Le 15 février prochain, les Vénézuéliens sont de nouveau appelés aux urnes dans le cadre d’un référendum visant à réformer la constitution. Hugo Chavez a en effet décidé de convoquer le peuple afin d’avoir son avis sur la possibilité pour chaque élu en place d’être à nouveau candidat à la fin de son mandat.
Jusqu’ici la constitution prévoyait une limitation des mandats à deux mandats consécutifs. Si l’amendement proposé par le Président vénézuélien est adopté, cela signifie notamment qu’il pourra de nouveau être candidat à la fin de son mandat actuel. L’amendement est donc loin d’être anodin, et un rejet populaire porterait un coup fatal à Chavez.
On peut tout d’abord se demander pourquoi Chavez à décidé de mettre à l’ordre du jour cette question si rapidement, alors qu’il lui reste encore 4 ans à gouverner. Il a fort à parier que les résultats des dernières élections fédérales et municipales l’y aient incité. En effet, si les chavistes ont gagné 17 des 23 états qui étaient en jeu, la perte de l’Etat de Miranda (où se situe Caracas) et la perte du Grand Caracas a été vécu par l’opposition comme une grande victoire (Voir Rouge n°2276). Tactiquement, l’idée de Chavez est sans doute de ne pas laisser à l’opposition le temps de profiter et de capitaliser cette victoire. Comptant sur l’aura que représente encore son nom pour de nombreux vénézuéliens, proposer un référendum permettant au Président de se présenter à nouveau à la fin de son mandat, est sans doute le meilleur moyen de remobiliser les troupes. A ceux qui pensent que la campagne est courte (elle aura duré un petit mois), Chavez rétorque qu’il a tiré les leçons du référendum perdu de décembre 2007 et qu’il ne veut pas laisser le temps à l’opposition de « pourrir » la campagne. Enfin, si ce référendum se déroule si tôt dans l’année, c’est avant pour éviter que les conséquences économiques de la crise financière ne viennent perturber la campagne électorale.
Si Chavez semble donc avoir bien calculé son coup, il n’empêche que rien ne lui garantit de gagner ce nouveau référendum. La victoire de l’opposition en décembre 2007, la première depuis 10 ans, a fait sauter des tabous. Le fait de remporter 6 Etats lui donne par ailleurs des ressources financières qu’elle n’hésite pas à jeter dans la bataille pour le « Non ». Quand aux chavistes, ils souffrent d’une gestion qui a parfois du mal à régler les problèmes quotidiens des vénézuéliens. Bien sûr, l’anniversaire des dix ans de la Révolution arrive à point nommé pour rappeler les avancées et les progrès dus au processus bolivarien. Mais rien n’indique que cela soit suffisant pour remporter cette nouvelle consultation. Et s’il y a fort à parier que l’opposition ne progresse pas et se maintienne aux alentours de 4 millions de voix, la grande inconnue sera la capacité de mobilisation du camp chaviste. En cas de forte abstention, et donc de défaite, plus qu’une simple défaite de Chavez, c’est un coup qui pourrait s’avérer fatal porté au processus bolivarien.

Manifestation en faveur de l'amendement constitutionnel
07 décembre 2008
Situation tendue au Venezuela après les élections
Depuis les élections régionales et municipales, la tension ne cesse de croître dans le pays avec l’assassinat de plusieurs dirigeants syndicaux et paysans. Par ailleurs Chavez vient d’annoncer un nouveau référendum.
Le 27 novembre, ont été assassinés dans l’Etat d’Aragua (Etat limitrophe à l’Etat Miranda qui englobe Caracas) Richard Gallardo, Luis Hernandez et Carlos Requena, syndicalistes de l’Union Nationales des Travailleurs (UNT) et militants de Marea Socialista. Bien que les circonstances de leurs assassinats restent floues, de forts soupçons pèsent la société ALPINA (transnationale Colombienne) avec laquelle les travailleurs étaient en conflit. Les meurtres ont eu lieu, en pleine nuit, alors que les dirigeants de l'UNT venaient de quitter leur usine où se déroulait une grève. Ces assassinats, qui restent malheureusement monnaie courant au Venezuela ont ému l’ensemble du pays. Le 1er décembre, Chavez est revenu sur ces meurtres durant l'acte de la proclamation du nouveau gouverneur d'Aragua, Rafael Isea. Il a annoncé notamment qu’une enquête approfondie sur les faits allait être diligentée. Il a aussi indiqué que l'enquête porterait sur ses sociétés transnationales qui utiliseraient la méthode de tueurs à gages dans le pays. Le Président a également évoqué la nécessité de purger la police de l'État d'Aragua, impliqués dans des actions répressives contre les travailleurs.
Par ailleurs, le leader paysan Braulio Alvarez, qui a été lui-même la cible d'une attaque proche de lui coûter la vie il y a deux ans, a annoncé le 5 décembre la mort du dirigeant paysan Juan Bautista Duran, dans l’Etat Portuguesa (ouest du pays) et à attribué le meurtre à des paramilitaires payés par des propriétaires terriens. La lutte contre les grandes exploitations, tout en étant garanti par la Constitution vénézuélienne, a coûté la vie à 216 dirigeants paysans au cours des 10 dernières années.
Ces assassinats se font au moment où l’opposition se sent forte comme jamais après sa conquête de 6 Etats sur 23 lors des dernières élections. De nombreuses provocations se sont ainsi produites dans le pays, comme par exemple dans la municipalité de Sucre (Etat de Miranda) où un groupe de conseils communaux a fait l’objet d’actes d'intimidation de la part de groupes d'opposition visant à inciter l'évacuation des espaces publics récupérés par la population.
C’est dans ce contexte que Chavez vient d’annoncer la convocation d’un nouveau référendum le 22 février 2009. Appelant les militants du PSUV à récolter des centaines de milliers de signatures afin d’appuyer ce référendum, il s’agit pour Chavez de remobiliser les troupes après la perte de certains Etats importants lors des dernières élections. Quand à l’objet du référendum, il est simple. Il s’agit de modifier la constitution afin de supprimer la limitation du Président de la République à deux mandats consécutifs. Si le référendum est gagné, cela permettrait à Hugo Chavez d’être à nouveau candidat en 2012. Il a par ailleurs annoncé que si la victoire était au bout du référendum, il postulerait automatiquement comme candidat pour les primaires du PSUV aux présidentielles.
Chavez annonçant le référendum pour février 2009
27 novembre 2008
Les chavistes se rassurent après leur victoire aux élections fédérales et municipales.
Le traumatisme du référendum perdu de décembre 2007, était encore dans toutes les têtes des militants du PSUV quand la Présidente du Conseil National Electoral a annoncé les résultats des élections fédérales et municipales, dimanche soir aux alentours de 23h30.
Mais très vite, l'anxiété a laissé place aux sourires quand celle-ci a égrainé les résultats, Etat par Etat. Au total, le PSUV gagne 17 Etats sur les 22 Etats, plus le district fédéral qui étaient en jeu (l'Etat d'Amazonas ne participait pas à ces élections du fait d'un statut particulier).
Cela fait aujourd'hui indiscutablement du PSUV la première force politique du pays. De ce point de vue, le PSUV a donc passé avec brio son premier test électoral.
L'autre satisfaction tient au taux de participation. Alors que d'habitude, les élections locales parviennent difficilement à atteindre les 30% de participation, ces dernières élections ont vu plus de 65% des vénézuéliens se déplacer aux urnes. Preuve s'il en est, de la prise de conscience populaire de l'importance de ces élections pour redynamiser le processus, après le référendum perdu.
Toutefois tout n'est pas rose (ou plutôt rouge) dans le nouveau paysage électoral qui s'est dessiné hier. Si l'opposition est largement battue, elle remporte toutefois des victoires symboliques. Elle est arrivée tout d'abord à conserver des Etats traditionnellement hostiles au processus comme Zulia (où Chavez s'était personnellement impliqué dans la campagne), ou Nueva Esparta. Mais surtout, elle a réussi a gagner les Etats de Tachira, Carabobo et enfin, le plus important, l'Etat de Miranda, qui englobe Caracas.
Pire encore, concernant les élections municipales, au niveau de la ville de Caracas, si les chavistes conservent la partie centrale de la ville (Municipio Libertador) avec la victoire du chaviste Jorge Rodriguez, la véritable défaite est advenue au niveau de l'Alcadia Mayor (le Grand Caracas), puisque Aristobulo Istúriz (une des figures les plus emblématique et populaire du chavisme) a du s'incliner face au candidat de l'opposition.
Certes, pas de quoi stopper le processus. La victoire est nette. Toutefois, les pertes électorales subies sont suffisantes pour rappeler à Chavez qu'il est urgent de s'attaquer à un certain nombre de problèmes (corruption, insécurité, inflation…) qui minent le quotidien des vénézuéliens.
13 novembre 2008
Elections fédérales et municipales au Venezuela : Nouveau test pour le processus bolivarien.
Le 23 novembre prochain, les vénézuéliens vont se déplacer aux urnes pour élire 22 gouverneurs et 328 maires. Au-delà de l’enjeu classique de toute élection, cette nouvelle échéance électorale revêt une importance particulière puisque c’est la première depuis le référendum perdu par Chavez en décembre 2007.
A l’annonce des résultats du référendum proposant une réforme profonde de la constitution bolivarienne, c’est un véritable coup de massue qu’a reçu le camp chaviste. Il n’en fallait pas plus pour que l’aile la plus à droite du processus explique que la proposition d’une marche en avant vers le Socialisme du XXIe siècle était une erreur, et que les vénézuéliens voulaient un chavisme sans socialisme.
Depuis, le processus semble hésiter entre plusieurs voies sous prétexte d’être un laboratoire de construction du Socialisme du XXIe siècle émancipé des modèles théoriques du XXe. De fait, les mesures du gouvernement durant l’année 2008 n’ont eu de cesse de tanguer entre décisions sociale-démocrates visant à flatter l’électorat des classes moyennes, et vraies avancées sociales vers la construction d’une nouvelle société. L’enjeu de cette élection est donc bien l’approfondissement du processus révolutionnaire. Tout résultat mitigé ou pire, qui pourrait être interprété comme une défaite, porterait un coup sérieux à la dynamique de transformation radicale.
Et de fait l’ambiance du moment à de quoi inquiéter. Certes, il y a très peu de chance que l’opposition sorte gagnante de cette élection, mais de nombreux indices peuvent laisser penser que la situation, après le 23 novembre, ne sera pas plus claire.
D’abord, il faut s’attendre, une fois de plus, à une forte abstention. Rappelons, que lorsque Chavez n’est pas candidat directement, le taux de participation n’atteint pas les 30%. Cela peut s’expliquer par deux facteurs. Le premier tient au peu d’enthousiasme que soulève un certain nombre de candidats, dont le peuple connaît la faible ferveur révolutionnaire. L’autre facteur est que, si la majorité populaire reste attachée au processus, l’empêchant ainsi de franchir le pas d’un vote en faveur d’une opposition peu crédible, la difficulté que rencontre le gouvernement vénézuélien à régler les problèmes du quotidien (inflation de 30%, insécurité, ordures dans les barrios…) pèse dans le scrutin.
Ensuite, les sondages d’opinion indiquent que sur les 21 Etats (sur 22) que détiennent les chavistes, trois risquent d’être perdus (Carabobo, Nueva Esparta, Sucre). Mais ce recul sera sans doute occulté par la prise de l’Etat de Zulia, seul Etat de l’opposition, et fief de Manuel Rosales, candidat aux dernières présidentielles contre Chavez.
Cette victoire permettra sans doute de persévérer dans le sens du processus, sans obliger en une remise en cause d’un certain nombre de bureaucrates chavistes. C’est là une des contradictions principales que risque de produire le résultat de cette nouvelle consultation électorale. De fait, si victoire il y a, cela risque de ressembler plus à une victoire propre de Chavez, qui se sera personnellement très impliqué dans cette campagne, et dont les sondages d’opinion favorable sont toujours aux alentours de 55%. Cela sera aussi la preuve de la réelle efficacité du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela), qui pour sa première échéance électorale, aura fonctionné comme un véritable rouleau compresseur, se permettant même d’écarter ses alliés traditionnels que sont le PCV (Partido Comunista de Venezuela) et le PPT (Patria Por Todos).

Manifestante dans le quartier de Petare (Caracas).
31 mai 2008
Révolution bolivarienne : la croisée des chemins
La défaite du président Hugo Chavez lors du référendum de décembre dernier marque un tournant important dans le processus bolivarien qui a débuté il y a maintenant plus de dix ans. Suite à cette défaite une question essentielle se pose : accélérer le processus vers une société socialiste ou bien au contraire préférer le statu quo en centrant la révolution sur la seule image du président.
Après treize élections gagnées d’affilées, la défaite de décembre a eu l’effet d’un coup de massue sur l’ensemble de la gauche bolivarienne. Pour la première fois en dix ans, le peuple vénézuélien a marqué sa désapprobation, malgré les avancées notoires de la révolution.
Les avancées de la révolution.
Dans un pays qui est le 4ème exportateur mondial de pétrole, et qui possède la plus grande réserve pétrolière du monde le pétrole est une arme financière redoutable. Les bénéfices engendrés par PDVSA (entreprise pétrolière du pays) permettent de financer les « missions » de la révolution. Parmi les plus importantes, les missions d’éducation : la mission Robinson vise à apprendre à lire et à écrire aux analphabètes. La mission Ribas forme des bacheliers. La mission Sucre offre l’accès à l’université à des élèves que l’ancienne république avait exclus. Dans ce but, une université bolivarienne a été créée et implantée dans tout le pays. Elle se situe en parallèle des universités vénézuéliennes classiques dont les plus connues sont l’Université Centrale du Venezuela (Caracas) et l’Université Andine (Merida).
Ces missions éducatives rencontrent un vif succès. Les étudiants, de tous âges, sont très nombreux, à tel point que les centres où se déroulent les missions se multiplient. Cet engouement s’explique en partie par la méthode d’enseignement utilisée. Les cours se font sur cassette vidéo, un facilitation est là pour aider le groupe, qui est toujours assez petit. Ici, il n’y a pas de place pour l’évaluation sanction. Tout est fait pour encourager les progrès de l’apprenant. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : en octobre 2005, l’UNESCO a très officiellement proclamé le Venezuela « territoire libéré de l’analphabétisme ».
Une autre des missions les plus connues est la mission « Barrio adentro » qui est une mission médicale. Dans le cadre d’un accord avec Cuba, près de 15 000 médecins cubains sont aujourd’hui employés par le gouvernement vénézuélien. L’accès à la santé est donc devenu totalement libre et gratuit. Installés dans des cabinets médicaux, tous construits sur le même modèle, les médecins soignent la population, mais en même temps informent et sensibilisent aux règles d’hygiène, et à la contraception. Ils tiennent aussi de nombreuses statistiques à jour afin de voir l’évolution sur le plan médical de la population. Les progrès sont notoires, et l’ensemble de la population, notamment dans les barrios, a vu ses conditions de vie largement s’améliorer grâce à ces médecins.
Nous pourrions aussi parler de la mission Mercal qui commercialise des produits alimentaires à bas prix. Créée pour tous les Vénézuéliens, elle s’adresse plus spécifiquement à la population démunie. Nous pourrions parler de la mission Piar qui vise à améliorer les conditions de vie des mineurs, ou de Vuelvan Caras qui a pour but de développer les coopératives de production, ou encore de Guaicai qui travaille à restituer les droits des peuples et des communautés indigènes du pays. Chavez répète souvent que « pour lutter contre la pauvreté, il faut donner le pouvoir aux pauvres ». Les missions sont là pour ça… pour aider cette population nécessiteuse des barrios, celle-là même qui est descendue dans la rue en 2002 pour le rétablir au pouvoir.
Enfin, comment parler des avancées de la révolution bolivarienne sans évoquer l’une des réformes essentielles du processus : la loi de la terre et de la pêche. A elles seules huit familles du pays possèdent conjointement plus de 150 mille hectares de terrains. Cela représente à peu près l’équivalent de dix-huit fois la surface de la capitale du Venezuela, où vivent plus de 4 millions de personnes. De surcroît ces immenses biens fonciers demeurent la plupart du temps non cultivés, alors qu’ils sont situés dans les régions les plus fertiles du pays. De plus, il faut souligner que certaines grandes exploitations, comme par exemple la compagnie de production de liqueurs Santa Teresa, implantées dans les vallées de l’Aragua, ne disposent d’aucun titre de propriété sur les terres qu’elles occupent. La loi a permis de lancer un processus de répartition plus équitable de la richesse foncière en régularisant le partage de la terre entre paysans par l’intermédiaire de l’Institut national des terres. Elle a stimulé la construction de centres de population ruraux dotés de services, donnant à leurs habitants accès à la santé, à l’éducation, pour mener une vie plus digne. La loi protège les paysans pauvres, stimule la formation de coopératives et d’autres formes de production associatives en les soutenant financièrement et techniquement et en créant parallèlement les conditions de leur viabilité économique par la mise en place des voies de transport et de commercialisation nécessaires.
Retour sur le référendum perdu.
On peut donc s’étonner que malgré ces avancées notoires, Hugo Chavez ait perdu le référendum de décembre dernier. D’autant plus que dans la proposition du président, on pouvait notamment trouver :
- la reconnaissance de la participation populaire au travers des Conseils de Pouvoir Populaire (comme par exemple, les Conseils Étudiants, Paysans, etc..), les associations de travailleurs, de coopératives, d'entreprises communautaires ;
- le renforcement du droit au travail incluant la création d’un fond de stabilité sociale pour les travailleurs permettant à ceux ci, avec l'aide de l'Etat, de bénéficier de droits étendus en matière de retraite, pensions, congés payés ;
- la réduction de la journée de travail de 8 à 6 heures quotidiennes, et de 40 à 36 heures hebdomadaires.
- la reconnaissance des spécificités des groupes indigènes et des groupes descendants de l'immigration forcée africaine en leur garantissant la jouissance d'une attention particulière de la loi ;
- la création d'un modèle économique productif étatique, fondé sur les valeurs d’humanisme, de coopération et de prépondérance de l'intérêt commun sur l'intérêt particulier. L'État promouvant et développant des formes distinctes d'entreprises et d'unités économiques de propriété sociale, commune ou étatique, de production et de distribution sociale, de statuts mixtes entre l'État et le secteur privé, en créant les meilleures conditions à la réalisation économie socialiste.
Autant d’avancées sociales qui pouvaient laissées penser que les classes populaires se mobiliseraient pour voter une nouvelle fois en masse en faveur des propositions de Chavez. Or il n’en fut rien, au contraire. Le référendum est plus une défaite du président vénézuélien qu’une victoire de l’opposition. Si on compare les résultats à ceux de la dernière élection présidentielle, gagnée par Chavez avec 61,35% des voix, l’opposition stagne avec 4 millions de voix alors que Chavez perd lui 3 millions de voix. L’abstention a été de 45%. Au final, c’est de seulement 200 000 voix que la proposition constitutionnelle est rejetée.
La plupart des médias français et occidentaux sont très vite montés au créneau pour saluer la sagesse du
peuple vénézuélien. Pour eux l’explication à cet échec est simple, linéaire, et se développe en deux points : refus d’un modèle socialiste « à la cubaine », et refus de permettre à Chavez de pouvoir se représenter à la présidence de manière indéfinie. Certes l’article 230 de la nouvelle constitution proposait un allongement de la période présidentielle à 7 ans avec la possibilité de se représenter immédiatement et de façon indéfinie. Une telle proposition n’est évidemment pas satisfaisante. De là à conclure que Chavez veut faire du Venezuela une dictature comme cela a été écrit, c’est omettre un peu vite que ce même système est en vigueur en France ou dans d’autres démocratie européenne sans que cela ne pose le moindre problème à ces média bien pensants. Ceux là même ont d’ailleurs vite oublié de rappeler que le Venezuela est bien une démocratie puisque Chavez a reconnu sa défaite et félicité ses opposants au soir des résultats.
Les raisons de la défaite sont sans doute à chercher ailleurs.
D’abord, en voulant satisfaire largement la population, la proposition n’a, au final, satisfait personne. Le renouvellement du mandat présidentiel était clairement là pour satisfaire l’aile modérée du processus bolivarien. Celle qui se réclame d’un chavisme sans socialisme. Par contre elle ne pouvait pas convenir à l’aile la plus radicale du processus. C’est ainsi que l’on a pu voir des personnalités comme Orlando Chirino, membre de la direction de la première confédération syndicale du pays, la UNT, prendre officiellement position contre la proposition. A l’inverse, tout l’aspect social de la réforme, décliné plus haut, était inacceptable pour une nouvelle bourgeoisie bolivarienne qui ne veut pas de socialisme. De ce point de vue, un symbole fort à été la prise de position forte contre la réforme du général Baduel, vieux compagnon de route de Chavez.
Ensuite, il y a très clairement eu un problème dans la méthode choisie par Chavez. Le Président vénézuélien a travaillé à une réforme constitutionnelle, en la cantonnant à un groupe d'amis choisis et rassemblée autour de sa propre personne. Au-delà des propositions de réforme, Chavez a ainsi fait disparaître par décret la formule originale de cette révolution : celle d'un processus populaire, révolutionnaire, démocratique de caractère constituant. Le maximum qui a pu être obtenu est une scène de discussion ouverte autour de l'assemblée constituante de 1999. Au moment où le contexte offrait la possibilité d'aller beaucoup loin, d'entreprendre une réforme en structurant des espaces d'échange et de pouvoir dans tout le pays, Chavez a mis au pied du mur tout le mouvement bolivarien et révolutionnaire en lui imposant d’être avec ou contre lui. L’issue restante, consistait en ce que le modèle de réforme proposé par Chavez soit un brouillon de travail pour toute une quantité d'espaces constituants organisés dans tout le pays, en cherchant peut-être son approbation mais en gagnant un modèle de légitimité, et de concrétisation de la démocratie constituante et révolutionnaire. De fait, la réforme passait quasiment au second plan car Chavez devait personnifier dans la campagne le référendum au point de le transformer en plébiscite. C’est le fameux « Voter Non c’est voter Bush, voter Oui c’est voter Chavez ».
Face à cela l’opposition a développé une campagne terriblement efficace. A coup de spots publicitaires, mais aussi en allant dans les quartiers populaires, l’opposition n’a eu de cesse d’expliquer qu’avec la réforme et « l’arrivée du socialisme », l’Etat serait propriétaire de tous les biens privés et pourrait se saisir de manière absolument légale des maisons, voitures de tout un chacun. Jouer sur la peur, en expliquant que le socialisme c’est prendre à celui qui a peu ou rien, l’argumentaire à fait mouche.
Enfin, la raison principale de cet échec est sans doute la montée d’une certaine contestation dans le camp bolivarien. La volonté de résumer la révolution bolivarienne à la seule figure de Chavez, la manière dont le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) se constitue, sans beaucoup de concertation, et aujourd’hui la façon dont on a tenté d’imposer la réforme, expliquent cette grogne. L’abstention a été forte parce que la proposition de Chavez, tant sur la forme que dans ses contenus essentiels n’offraient pas de perspectives pratiques démocratique et contre-hégémonique. Comme Sébastien Ville et François Sabado l’indiquent dans Rouge n°2230 «cette défaite répond à la dégradation des relations entre le pouvoir et les secteurs les plus combatifs de la révolution bolivarienne ».
Il est utopique de penser que dans l’Amérique latine d’aujourd’hui, il est possible d’imposer des socialismes d’en haut. Le défi est de construire une démocratie radicale, opposée au statut quo actuel mais pluraliste en termes d’acteurs et d’idéologies populaires. Face à ce premier revers, les tentations sont grandes pour l’aile modérée du chavisme d’imposer une nouvelle réforme en minorant les aspects socialisants ou socialistes, en expliquant que ceux-ci ont été la cause de l’échec du 2 décembre. Tout l’enjeu pour le mouvement social est donc d’imposer au processus qu’il continue sa marche en avant. Et de ce point de vue, il y a fort heureusement des points positifs.
La nationalisation de SIDOR.
Tout d’abord, il y a bien entendu la toute nouvelle nationalisation de SIDOR. Après trois mois de grève acharnée et de lutte, le mercredi 8 avril, Hugo Chavez est enfin intervenu et accepté de renationaliser la plus importante usine sidérurgique du pays, privatisée en 1997 par le Président Caldera.
Au cœur du débat, la dénonciation par les ouvriers et le syndicat UNT de la transgression par SIDOR des lois vénézuéliennes sur le travail. Piétinant la convention collective, la direction de TERNIUM-SIDOR, entreprise détenue à 20% par l’Etat, 20% par les ouvriers et à 60% par le consorsium italo-argentin TECHINT, maintenait dans une précarité salariale absolue depuis 15 mois les 15000 ouvriers dont 9000 précaires. Non seulement la direction refusait jusqu’à présent d’appliquer les améliorations salariales votées légalement en assemblée générale par les ouvriers, mais au contraire prétendait imposer des réductions d’effectifs, des réductions salariales, des modifications des contrats de travail dans le sens d’une plus grande précarité, ainsi qu’une révision à la baisse des retraites versés aux anciens employés.
Pire encore, alors que la détention de 20% du capital permettait aux ouvriers de désigner un des co-présidents, la direction refusait catégoriquement de reconnaître la validité de ce vote. Jusqu’alors protégée par José Ramon Rivero, ministre du travail, la direction de l’entreprise pensait pouvoir compter sur le fait qu’elle bénéficiait de capitaux étranger pour continuer à bafouer la loi vénézuélienne. Alors que Rivero n’a jamais cherché à négocier et à au contraire préféré imposer une épreuve de force aux ouvriers, comme il l’avait précédemment fait en aout dernier face aux camarades de l’UNT du secteur public, celui-ci vient d’être désavoué de manière cinglante par Chavez.
Le 4 avril dernier, le syndicat UNT organisait un référendum où deux questions étaient posées aux ouvriers de l’usine : d’abord s’ils étaient ou non d’accord avec la proposition patronale faite autours de la table des négociations, et ensuite s’ils souhaitaient poursuivre la grève et les négociations. Malgré les trois mois de lutte, les ouvriers ont répondu non à la première question par 3 338 votes contre 65, et oui à la deuxième par 3195 contre 97.
Le lundi 7 avril, las de la résistance ouvrière, le gouvernement a décidé, par la voix de son vice-président Ramón Carrizales, de convoquer de nouvelles négociations. Négociations où cette fois, le ministre José Ramon n’était pas convié. Sous la pression constante de 600 travailleurs veillant en permanence l’usine, il aura fallu moins de 48 heures pour sortir de la crise.
La chute de Rivero.
Cette lutte aura par ailleurs signé la chute de José Ramon Rivero. Ce n’est pas la première fois que les camarades de l’UNT s’affrontait à lui. Le 15 août dernier, les représentants syndicaux de la UNT, travailleurs du Ministère du travail public du Venezuela avaient rendez-vous avec sa directrice de cabinet, Lennina
Galindo, afin de présenter leur projet de convention collective nationale pour l'ensemble des travailleurs du secteur public. A leur arrivée, il leur est indiqué que la directrice de cabinet est en rendez vous avec le ministre José Ramón Rivero. Les représentants syndicaux décident donc d'attendre. A la fin de la journée, on revient à nouveau les voir pour leur indiquer que sur ordre du ministre, Lennina Galindo n'est pas autorisé à les recevoir. Les syndicalistes, furieux, décide alors d’occuper le Ministère, jusqu’à être reçus. Quarante cinq personnes, hommes et femmes, restent donc à attendre. Dans un premier temps, chef de cabinet, vice-ministre sont envoyés pour convaincre les récalcitrants de sortir du Ministère. Puis, comprenant qu’il ne pourrait éviter une confrontation, le ministre ordonne la fermeture des portes, mais aussi de couper l'eau et l'électricité. Six jours se sont ainsi écoulés sans évolution de la situation. On empêche les pompiers de rentrer, on interdit tout contact avec les employés du ministère qui, par solidarité, tentent vainement de leur faire parvenir de la nourriture. Privés d’eau, d’alimentation, de médicaments, devant ce manquement grave aux droits élémentaires de la personne humaine, les courageux syndicalistes restent tout de même en place. Le ministre fait alors appel à l’armée pour les évacuer. Celle-ci se rend sur les lieux, constate l’occupation, mais décide de ne pas intervenir. Furieux, le ministre décide alors d'utiliser purement et simplement des méthodes mafieuses, en faisant appel à des voyous de quartiers. Promettant à chacun 50 000 bolivars (environ 15 euros), il leur demande de faire sortir manu militari ces syndicalistes qu’il présente comme des opposants anti-chavistes. S’en suit une évacuation violente du ministère où les syndicalistes sont chassés par des voyous armés de revolvers.
Mais le plus cocasse de l’histoire n’est pas dans l’évacuation en tant que tel.
En fait, ces camarades syndicalistes sont tous membres des courants C-CURA et Marea Socialista de la UNT, et se revendiquent pour beaucoup comme trotskistes. Et au moment où l’évacuation se déroulait, ce même ministre faisait un discours d’inauguration lors du premier hommage officiel rendu par la République bolivarienne à… Léon Trotski ! Telles sont les méthodes de Rivero.
Enfin, au moment de son éviction, Rivero était entrain de tenter de monter une nouvelle centrale syndicale, directement en concurrence avec la UNT, et qui aurait été aux ordres. Si ce projet, semble avoir été gelé avec le départ de Rivero, rien n’indique qui ne sera pas ressorti un jour du placard par l’aile droite du chavisme.
Les manœuvres internes au PSUV.
Celle-ci semble pour le moment plus préoccupée par le PSUV, Parti Socialiste Unifié du Venezuela, le nouveau parti regroupant l’ancien MVR de Chavez, et une partie du Parti Communiste Vénézuélien, du PPT et de Podemos. Courant du mois de mars, le vote de la direction a eu lieu. La première étape a consisté à la désignation des militants qui ont eu le droit de vote. Sur 5 millions d’adhérents, seuls 80000 ont pu voter, sans que l’on sache sur quels critères ce choix a été établi. Dans un deuxième, Chavez a annoncé en direct
à la télé une liste de 70 noms dans laquelle il fallait choisir les 35 personnes qui allaient composer la direction nationale. Enfin, troisième étape, les 35 de la direction nationale élue, Chavez a désigné en direct à la télé les membres du bureau politique. On y retrouve uniquement des membres du gouvernement, et il n’y a aucun représentant du mouvement social ou syndical. Le vote des délégués dans chacun des bataillons (structure de base) s’est déroulé sans qu’il puisse y avoir un contrôle des résultats. Malgré ce cadrage de la bureaucratie, il reste des espaces politiques au sein même du PSUV. Ainsi par exemple, au moment du vote des 35 personnes devant composer la direction nationale, une liste faite par le gouvernement a circulée, pour indiquer les noms pour lesquels il fallait voter. Malheureusement pour eux, les 80 000 grands électeurs, n’ont pas suivi les consignes et ont voté librement. Ce qui explique sans doute en parti la reprise en main de Chavez et sa nomination directe du bureau politique. De la même façon, le camarade Gonzalo Gomez, membre de Marea Socialista a réussi à être élu comme délégué, malgré l’opposition de la bureaucratie. Certes, l’apprentissage au sein de cette grosse machine qu’est le PSUV est extrêmement compliquée, néanmoins l’assiduité et l’âpreté dans le combat politique dont font preuve les camarades de Marea Socialista, au premier rand duquel Stalin Perez, leur permet de gagner de l’audience. Ces petites victoires politiques du quotidien, valident a postériori le choix de rentrer dans le PSUV et d’appeler à voter oui au moment du dernier référendum. A contrario, les positions des camarades de la C-CURA et d’Orlando Chirino sur ces deux principaux points, tendent à les mettre hors jeu du champ politique.
Dans l’optique des prochaines échéances électorales.
Dans ce contexte, les élections municipales de novembre s’annoncent très compliquées. Il y a fort à parier que le camp chaviste perde un nombre conséquent de ville, ce qui affaiblirait encore un peu plus le processus. Au moment où la révolution semble chercher un second souffle, les problèmes du quotidien refont surface. L’inflation galopante de 20% par an, l’insécurité, le problème des ordures, du chômage, de la corruption sont autant d’éléments qui contribuent à peser sur le processus et qui joueront un rôle prépondérant au moment de mettre un bulletin dans l’urne. Certes, ces problèmes ne sont pas nés avec la révolution bolivarienne et sont hérités de l’ancienne république, toutefois, les chavistes doivent à la fois pouvoir répondre sur les questions liées aux conditions de vie tout en continuant à proposer un autre projet de société. Depuis dix ans, la révolution continue d’être sans cesse attaqué par la bureaucratie capitaliste, ce qui lui impose de résoudre les problèmes stratégiques de l’industrialisation et de la nationalisation, du développement de l’agro-industrie dans les campagnes, et surtout de la banque privée qui contrôle encore les finances publiques et les taux d’intérêt de l’emprunt (qui est de l’ordre de 32%). Si le camp bolivarien ne prend pas ces problèmes à bras le corps, les villes de Ciudad Guyana (le plus important bassin sidérurgique du Venezuela), de Puerto La Cruz (ville pétrolière), de Valencia (principale ville industrielle du pays) et même Caracas, la capitale, peuvent être perdues, et au-delà mettre un coup d’arrêt à la révolution.
Aussi, plus que jamais il est important de défendre le processus bolivarien. Bien sûr celui-ci connaît des errements, des dérives condamnables telles celles que nous avons pu développer ci-dessus, et nous n’aurons de cesse de les condamner. Néanmoins, il convient de répéter avec force que la révolution bolivarienne reste de loin, et malgré ses erreurs, le phénomène le plus intéressant existant à ce jour sur la planète. De lui dépend l’équilibre de toute la région andine et caribéenne. Si un coup fatal lui est porté, c’est à la suite les processus bolivien et équatorien qui s’effondreront. C’est l’expérience cubaine qui prendra fin. Malgré des avancées incontestables au bénéfice des couches les plus défavorisées, la lourdeur bureaucratique de l’appareil d’Etat ainsi que le contexte continental pèsent énormément. Voilà pourquoi il important de suivre et de soutenir le mouvement social vénézuélien. Certes celui-ci reste affaibli et divisé. Mais c’est sa capacité à s’unir qui permettra de donner un second souffle à la révolution et radicalisera un processus qui est encore et toujours encore trop dépendant de la seule figure d’Hugo Chavez.
27 mai 2008
Contra-cumbre en Lima
En marge du Sommet des chefs d’Etat d’Amérique Latine, des Caraïbes et d’Europe, s’est tenu à Lima du 13 au 16 mai, le contre sommet des peuples.
4 à 5000 personnes venues de toute l’Amérique Latine, principalement du Pérou et de Bolivie se sont réunis à Lima durant trois jours. C’est un chiffre relativement faible au regard de l’engouement que peut susciter traditionnellement ce genre de rendez-vous international. Il est toutefois compréhensible quand on connait la faiblesse de la gauche péruvienne qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut dans les années 70. De fait, la politique a été relativement peut présente à ce contre-sommet. Il a surtout servi à légitimer et fortifier la bureaucratie de la CGTP (Confédération générale des travailleurs du Pérou) et à lancer la précampagne d’Ollanta Humala. Les invités internationaux étaient d’ailleurs en grande majorité issus de cette gauche bureaucratique, aux idées révolutionnaires en Amérique Latine, mais votant avec la social-démocratie dans les parlements nationaux et européens.
Le meeting de clôture de cette « cumbre » n’a malheureusement pas échappé à cette règle. Devant les militants du PC, du Parti Nationaliste et de la CGTP, qui s’étaient installer aux premiers rangs, bannières déployées, Humala a fait un discours aux forts relents nationalistes.
Dans ce grand meeting à la gloire d’Humala et de la CGTP, le seul à avoir réussi à tirer son épingle du jeu est Evo Morales. Dans un discours humaniste, pédagogique et radical, il est revenu sur sa première année de mandat. Il a été le premier (et le seul) à parler de l’importance du mouvement social. Bien évidemment, il est aussi revenu sur le cas de Santa Cruz et la manœuvre des Etats-Unis pour l’affaiblir (comme ce fut le cas au Venezuela avec l’état de Zulia).
Grand absent de ce meeting, Hugo Chavez. Il y a fort à parier que Humala a pesé de tout son poids dans cette absence, tant on sait combien il rechigne à s’afficher avec le leader de la révolution bolivarienne.
Dans un espace ainsi ligoté, difficile de faire entendre une voix alternative. C’est pourtant ce qu’on réussit à faire nos camarades de Resistencia Global. S’appuyant sur le groupe « Otro Mundo es Posible », très proche de la IV, ils ont imposé et organisé au sein de la contra-cumbre un débat sur les mouvements de luttes alternatives. Ce débat a rencontré un franc succès puisque plus de 250 personnes étaient présentes. En plus de camarades de la IV d’Equateur et de France, la table des intervenants comportaient de nombreux invités syndicalistes, preuve des réseaux qu’on su tisser au quotidien nos camarades de Resistencia global.
C’est cette dynamique qu’ils doivent amplifier aujourd’hui face à la désertion du reste de la gauche. Le régime du président Alan Garcia est un régime policier et autoritaire (le déploiement policier durant le sommet était digne d’une guerre civile) à la solde, comme la Colombie, des intérêts nord-américains. Si Humala semble en position de force en vue des prochaines élections présidentielles, et même s’il se présente comme étant dans le même camp que les Correa, Morales et Chavez, son discours est loin d’avoir la même tonalité révolutionnaire. Le coup de barre à gauche nécessaire dépendra de la capacité de la gauche alternative et radicale, dont nos camarades, à imposer le débat sur l’ALBA et le socialisme du XXIe siècle.
De Lima,
Yannick Lacoste
Prochain numéro de ROUGE
10 avril 2008
Nationalisation de TERNIUM-SIDOR
Après plus de trois mois de lutte intensive et de grève, les travailleurs de TERNIUM-SIDOR usine sidérurgique de Ciudad Guyana (Etat Bolivar), viennent d’obtenir la garantie par Hugo Chavez, de la renationalisation de leur entreprise.
Il aura donc fallu trois mois aux ouvriers de TERNIUM-SIDOR pour faire entendre raison au gouvernement vénézuélien. Trois mois de grève acharnée. Trois mois de lutte avec comme point culminant la sauvage répression par la garde nationale le 14 mars dernier. Mais ce mercredi 8 avril, Hugo Chavez est enfin intervenu et accepté de renationaliser la plus importante usine sidérurgique du pays, privatisée en 1997 par le Président Caldera.
Au cœur du débat, la dénonciation par les ouvriers et le syndicat UNT de la transgression par SIDOR des lois vénézuéliennes sur le travail. Piétinant la convention collective, la direction de TERNIUM-SIDOR, entreprise détenue à 20% par l’Etat, 20% par les ouvriers et à 60% par le consorsium italo-argentin TECHINT, maintenait dans une précarité salariale absolue depuis 15 mois les 15000 ouvriers dont 9000 précaires. Non seulement la direction refusait jusqu’à présent d’appliquer les améliorations salariales votées légalement en assemblée générale par les ouvriers, mais au contraire prétendait imposer des réductions d’effectifs, des réductions salariales, des modifications des contrats de travail dans le sens d’une plus grande précarité, ainsi qu’une révision à la baisse des retraites versés aux anciens employés.
Pire encore, alors que la détention de 20% du capital permettait aux ouvriers de désigner un des co-présidents, la direction refusait catégoriquement de reconnaître la validité de ce vote. Jusqu’alors protégée par José Ramon Rivero, ministre du travail, la direction de l’entreprise pensait pouvoir compter sur le fait qu’elle bénéficiait de capitaux étranger pour continuer à bafouer la loi vénézuélienne. Alors que Rivero n’a jamais cherché à négocier et à au contraire préféré imposer une épreuve de force aux ouvriers, comme il l’avait précédemment fait en aout dernier face aux camarades de l’UNT du secteur public, celui-ci vient d’être désavoué de manière cinglante par Chavez.
Le 4 avril dernier, le syndicat UNT organisait un référendum où deux questions étaient posées aux ouvriers de l’usine : d’abord s’ils étaient ou non d’accord avec la proposition patronale faite autours de la table des négociations, et ensuite s’ils souhaitaient poursuivre la grève et les négociations. Malgré les trois mois de lutte, les ouvriers ont répondu non à la première question par 3 338 votes contre 65, et oui à la deuxième par 3195 contre 97.
Le lundi 7 avril, las de la résistance ouvrière, le gouvernement a décidé, par la voix de son vice-président Ramón Carrizales, de convoquer de nouvelles négociations. Négociations où cette fois, le ministre José Ramon n’était pas convié. Sous la pression constante de 600 travailleurs veillant en permanence l’usine, il aura fallu moins de 48 heures pour sortir de la crise.
Si pour l’heure, les ouvriers n’ont obtenu satisfaction sur aucune de leurs revendications, ceux-ci s’accordent à dire que cette nationalisation était la condition essentielle à une amélioration des conditions de travail. Plus tard dans la soirée, le même Ramon Carrizales, assurait, lors d’une conférence de presse, que la nationalisation de TERNIUM-SIDOR n’affecterait en rien les relations avec le gouvernement de Kichner, et ce, malgré la forte participation argentine dans le capital de l’entreprise.

José Melendez, dirigeant syndical de TERNIUM-SIDOR
















